Intervention de Véronique SARSELLI lors du Conseil de la Métropole de Lyon du 13 mai 2019 à propos de la subvention accordée à Arty Farty pour l’édition 2019 d’European Lab
 Monsieur le Président,
 
Arty Farty est une association qui s’est régulièrement développée depuis sa création en 1999. En 2002 elle crée les Nuits sonores. Un festival qui sait se faire entendre jusque dans les communes voisines. Hasard calendaire, du 28 mai au 2 juin 2019 cette ascension de décibels n’augure rien de paisible. Car pour cette année encore, ce festival de musique électronique – plus bruyant que sonore - fera profiter Lyonnais et riverains de ses mélodies.
 
            En marge de ce festival Arty Farty complétera ses ambitions avec une série de rencontres et de conférences sous le label de « Labo européen pour l'innovation culturelle ».
            Cette rencontre reflète – je cite Monsieur Carry Directeur de l’association – « la volonté d'Arty Farty d'être une structure politique, engagée dans son époque ».
 
Au regard de la programmation, l’objectif de politisation est pleinement atteint.
 
            En 2018 déjà – bénéficiant de 40 000 euros de subvention de la Métropole- l’édition avait pour but la commémoration de Mai 68. Pour ce faire, deux têtes d’affiche, deux acteurs engagés à gauche présidaient l’événement. Le premier était Raphaël Glucksmann, essayiste, candidat pour le PS aux prochaines élections européennes. Le second Rutger Bregman -écrivain néerlandais- porte étendard de « la semaine de quinze heures, du revenu universel et d’un monde sans frontières ».
 
            Pour l’édition 2019, la programmation est tout aussi engagée. Les projets réflexifs sur le devenir de la culture et de l’Europe semblent là encore s’inscrire dans une même dynamique monochrome. Tour d’horizon de ces 4 jours :

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Jeudi : debriefing des Européennes avec Mediapart et – plus confidentiel - The Press Project et Political Critique. Pour mémoire le premier est un média grec de gauche, le second un pure player constituant un réseau de médias centre-européens exclusivement de gauche (cf : Krytyka Polityczna pour la partie Polonaise, Hongrie (Kettős Mérce), Slovaquie (Inštitút ľudských práv), et République tchèque (A2).
Vous aurez également les lumières d’AGORA Europe : fondée par Étienne Balibar Professeur marxiste et membre du PCF.

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Vendredi : sera consacré à la « désobéissance » (« PLEASE DISOBEY! »). Les nouveaux activismes seront ainsi mis en exergue. L’association radicale Deep Green résistance y tiendra tribune. Largement inspirée du mouvement américain bio-centré, appelé la ‘Deep Ecology’ (l’écologie profonde), les fondateurs ; Jensen, McBay et Keith, loin d’ostraciser la non-violence, estiment les actions clandestines et la guérilla comme une option stratégique pour détruire notre société.

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Samedi, débutera avec European Alternatives. Là encore une association progressiste contre les États-Nations...
 
Vous l’avez compris, durant ces 4 jours se succéderont de nombreux intervenants avec des expertises qui – je n’en doute pas – viennent nourrir le débat ou plutôt un débat ; celui d’une couleur politique.
 
Avoir une programmation engagée n’est pas un problème en soi. Notre groupe est très attaché  à la liberté d’expression.
Mais, même avec ces nuances de rouge, de rose et de vert, il est toujours regrettable que le pluralisme ne soit pas à la table des échanges surtout lorsque les contribuables financent.
 
Le développement du tourisme d’affaire, la mise en synergie des acteurs culturels ou encore la dynamique d’innovation sur le territoire sont des motivations louables.
Nous nous interrogeons de la convergence entre ces motivations et le fond de cet évènement.
 
La culture est toujours une opération symbolique comme disait Malraux et puisque nous y sommes, la culture est toujours une affaire politique pour reprendre Gramsci. Il faut avoir conscience que ce genre d’initiative est un puissant vecteur des représentations politiques.
 
Notre groupe s’interroge sur la volonté réelle de la majorité à soutenir la création artistique ou à utiliser la culture comme moyen de propagande.
Véronique SARSELLI – European lab Arty Farty : où est le pluralisme ?