Monsieur le Président et chers collègues, le rapport vous autorisant à signer le contrat de ville reprend une thématique particulièrement adaptée à notre Métropole, celle de ce que l’on appelle “les quartiers difficiles”. Alors oui, le groupe Les Républicains et apparentés, dont les élus comptent sur leurs territoires une grande partie des quartiers populaires de l’agglomération, va évidemment aller dans le sens des aides spécifiques destinées à ces populations.

Nous avons cependant plusieurs observations sur le rapport proprement dit.

D’abord, la maladresse de la première partie sur les orientations stratégiques où il est mentionné -je cite- que “les attentats de janvier 2015 ont montré que de véritables fractures socioculturelles persistent au sein de la société française, notamment parmi notre jeunesse”. Le rédacteur de ce rapport a sûrement cru bien faire mais je pense que tous les élus de cette assemblée se sont aperçus de l’existence de ces fractures bien avant les attentats et, si je puis me permettre en cette période délicate, la jeunesse des quartiers ne doit en aucun cas être assimilée à des fanatiques radicalisés.

Pour le reste, nous partageons le diagnostic et nous constatons que les chiffres vont dans le sens de ce qu’analyse le géographe Christophe Guilluy à propos des banlieues de grandes Métropoles, et notamment sur le fait que la population de ces quartiers se renouvelle très fréquemment, faisant de ces lieux de vie des zones de transition et de grande pauvreté. C’est cette logique que le rapport se propose de combattre et nous ne pouvons que nous en satisfaire.

Nous aurions cependant préféré que ce rapport parle davantage de politique de peuplement, de mixité sociale, de parcours du propriétaire et de dé-densification. Certes, nous y trouvons ces données et cette volonté politique mais trop souvent noyées dans des logiques de participation, de concertation, de développement culturel, d’animation certes nécessaires mais loin d’être aussi importantes à nos yeux.

Le cœur du problème des quartiers est pour nous lié à l’urbanisme et a été victime, dans certaines Communes, il faut le dire, d’une forme de laisser-aller ; on a préféré se perdre parfois en palabres et en concertations pour bloquer toute évolution vers davantage de mixité, pour des raisons électorales assez inavouables. Dans ces quartiers, les habitants aiment, certes, participer aux débats mais ils préfèrent et ont besoin avant tout de faits, de résultats et d’action. Nous attendions donc un rapport plus en adéquation avec la politique qui a pu être menée grâce au renouvellement urbain initié par Jean-Louis Borloo mais les 140 pages se perdent parfois hélas un peu dans des grands principes pas forcément toujours opérationnels.

Contrairement à ce qui est mentionné dans le rapport, nous ne considérons pas que la politique de la ville a permis d’améliorer partout la situation des quartiers prioritaires de façon “spectaculaire” -pour citer son introduction-. Il existe, certes, des progrès mais nous sommes encore, à certains endroits, loin du compte et nous espérons vraiment que les négociations Commune par Commune permettront de donner un nouvel élan à la politique de la ville et surtout, que le passage à la Métropole permettra une meilleure articulation entre politique d’urbanisme et politiques sociale et éducative.

Car à l’heure où 44 % des moins de 25 ans des quartiers prioritaires n’ont aucun diplôme, comment peut-on ne pas comprendre qu’il faut concentrer tous nos efforts sur le décrochage au collège qui a des effets dramatiques ? Lorsque je relis les programmes de certains candidats aux municipales, qui évoquent un revenu minimum étudiant, comment peut-on être aussi aveugle pour ignorer cette réalité cruelle qui veut que 66 % des jeunes de moins de 25 ans n’ont pas le BAC ? Est-ce à dire que cette population doit être ignorée ? Certainement pas ! Heureusement, la priorité à la lutte contre les ruptures scolaires au collège est ici réaffirmée et facilitée par la structure même de la Métropole.

Dans des quartiers avec plus de 80 % de logements sociaux, voire 100 % sur deux quartiers de ma Commune, ce besoin est criant. Nous devons faire en sorte de ne pas ajouter de la misère à la misère en arrêtant notamment de reloger des bénéficiaires de la loi DALO dans ces quartiers et en travaillant à une vraie reconstitution de l’offre.

Nous n’oublions pas non plus que, certes, la deuxième vague de l’ANRU est importante et essentielle mais que, pour de nombreux quartiers, il faudra sans doute une troisième vague pour qu’enfin, ils puissent rentrer dans le droit commun.

Malgré nos réserves sur la forme et bien entendu parfois sur le fond, nous serons responsables et n’abandonnerons pas toute une frange de la population pour des raisons bassement politiciennes, ce qui a, hélas, parfois trop souvent été le cas. Alors oui, notre groupe votera ce rapport car nous partageons le quotidien de ces habitants, de ces familles qui souffrent et ont besoin d’une action publique forte. Nous partageons les attentes des Grands Lyonnais qui attendent une transformation significative de leurs quartiers et qui ne se contenteront pas de saupoudrage socioculturel.

Je vous remercie.

Métropole de Lyon : quelle politique de la ville ?
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