Monsieur le Président, mes chers collègues, la Métropole de Lyon s’est engagée depuis début 2016 dans la formalisation de sa nouvelle stratégie économique. Le document programme de développement économique de la Métropole de Lyon 2016-2021 constitue l’aboutissement des travaux.

La Métropole évoque une stratégie économique qui touche les champs de l’action économique territoriale, l’accompagnement d’entreprises, la stratégie sectorielle, l’international et son activité, son attractivité, le foncier économique, l’économie de proximité, etc.

Il y a des analyses qui sont pertinentes : priorité à l’industrie, accompagnement global des entreprises, couple innovation internationale, effort à faire porter sur la mise à disposition des compétences pour les entreprises, notamment sur le recrutement, la formation continue et l’enseignement supérieur, l’intégration entre l’écosystème d’enseignement supérieur recherche des entreprises à renforcer, entre autres.

Mais ce schéma présente aussi des lacunes. Ce schéma est une continuité sans véritable originalité et ne tenant pas assez compte des projections futures. Le document est davantage une actualisation du précédent schéma économique métropolitain qu’un document de rupture. La stratégie vise à capitaliser sur les initiatives déjà engagées bien évidemment depuis plusieurs années et pas à présenter de nouveaux projets.

Il s’agit du même dispositif de gouvernance que celui sur lequel s’appuie la Métropole depuis une dizaine d’années. N’étant pas élu, je me souviens d’une thématique qui s’appelait “Grand Lyon, l’esprit d’entreprise”. Il met en avant la gouvernance dans la conduite de l’action économique de la Métropole qui regroupe les réseaux patronaux, la Chambre de commerce et d’industrie, l’Université de Lyon, les syndicats patronaux ; à ce niveau-là, il n’y a pas de nouveauté dans ce domaine.

Concernant Lyon, c’est un territoire qui s’est inscrit dans une orientation économique depuis plus de trente ans.

Elle se développe car il y a des entrepreneurs dynamiques et volontaires qui ne recherchent pas nécessairement l’aide publique. C’est l’action positive de tous ces agents économiques qui ont largement participé à l’attractivité de la ville. En fait, malgré les discours, ce schéma atteste du caractère suiviste de notre Métropole, même si nous y sommes tous favorables.

Deuxième point, dans ses relations avec les autres collectivités, la Métropole cherche trop à imposer plutôt qu’à collaborer sur ce sujet. L’ADERLY et le Pôle métropolitain sont mentionnés un peu partout, c’est très bien. Etant moi-même administrateur à l’ADERLY, je trouve cette structure très performante car elle amène des entreprises étrangères à venir s’installer sur nos territoires et pas que sur la Métropole. Mais nulle mention de modalités de coopération économique avec les autres territoires périphériques, notamment l’Ain et l’Isère.

Les relations avec la Région sont obligatoires car c’est la collectivité chef de file et ceci suppose qu’elle soit préalablement intégrée aux concertations et que les décideurs politiques pilotent conjointement une stratégie économique, ce qui n’est pas le cas. En toile de fond, ce document pose essentiellement la juxtaposition des moyens financiers -cela, on peut le comprendre- comme niveau d’enjeu et la Région est reléguée, pour le moment, à un rôle de financeur, ce qui est un peu dommage parce que l’on aurait besoin de plus de synergie entre les territoires.

Quelques points aussi sur les politiques qui sont proposées : il y a encore des éléments qui sont un peu imprécis.

Il y en a beaucoup mais c’est normal dans un rapport de cette densité. J’en relève quelques-uns.

La notion de système urbain régional, où Lyon est affirmé comme la locomotive d’un réseau de villes dont elle a contribué à renforcer le rayonnement. Là, c’est une nouveauté ; auparavant, la Métropole limitait ses réflexions, analyses, projets à l’échelle du Pôle métropolitain. La Métropole a fait le choix aussi de présenter les chiffres clés du diagnostic à l’échelle de l’aire urbaine de Lyon, périmètre qui va bien au-delà de la Métropole. Cette présentation permet d’afficher un positionnement dans des classements nationaux peut-être plus forts. On est plus dans l’image, on ne sait plus ce que l’on mesure ; est-ce que l’on mesure la Métropole ou l’aire urbaine de Lyon ?

Un autre point, l’ALGIRA est bien positionné, tant mieux. On ne parle pas du campus numérique de Charbonnières les Bains, dommage ! Quand on sait que le numérique c’est 25 % de croissance en 2030, on aurait intérêt, je pense, à mettre tout le monde autour de la table pour savoir comment on peut tirer les meilleurs atouts de ce secteur d’activités qui aujourd’hui est bien positionné ici sur la Métropole.

Sur le positionnement secteur d’excellence, on a trois champs de spécialisation : santé, numérique et cleantech.

C’est bien exprimé mais le positionnement devient de moins en moins clair au fil des pages avec l’affichage d’autres positionnements : marketing pour la promotion internationale de la Métropole, gastronomie et Fête des Lumières mêlées, on s’y perd un petit peu.

L’aménagement économique de la plaine de Saint-Exupéry ne propose aucune vision -cela a été dit par plusieurs groupes-, y compris à moyen terme. Cela nous permet de rappeler l’erreur stratégique lors de l’acte de naissance de la Métropole de ne pas avoir intégré cette plaine Saint-Exupéry. C’est fait. Du coup, la plaine Saint-Exupéry ne fait pas partie de la Métropole mais elle est intégrée dans le schéma. De ce fait, il n’y pas mention d’un travail sur la maîtrise publique, les tènements fonciers stratégiques autour de l’aéroport -je passe quelques points parce que je vais dépasser mon temps-.

Pour les réseaux d’infrastructures, à part la privatisation de l’aéroport et le bouclage du périphérique, on ne mentionne pas le CFAL, Lyon-Turin, le COL, le nœud ferroviaire lyonnais, le contournement autoroutier… et ainsi de suite. Il faut savoir que, pour les entreprises, les infrastructures sont tout de même l’élément majeur du développement.

Sur l’aéroport de Bron, pareil, on a quelques questions à poser : notamment, on va en faire un pôle particulier d’aviation d’affaires mais on ne sait pas quel programme d’investissement, quel financement…

En conclusion, ce programme est intéressant mais il n’est pas au niveau de l’enjeu… -ce n’est pas fini, vous n’êtes pas au bout de vos surprises-…

(…) il est intéressant, il est bien travaillé mais le titre n’est pas bon. On aurait dû l’appeler “diagnostic, éléments de valorisation économique de la Métropole de Lyon”. Qui peut nier que la Métropole de Lyon représente des performances ? C’est une photographie. Il nous manque le tome 2. Il faudrait aller plus loin, être plus pragmatique. C’est toujours dangereux dans le monde de l’économie de penser que l’on est au top ; après, quand les choses évoluent, on a un peu de difficultés à se recaler dessus.

Conclusion -deuxième conclusion-, je pense que l’on ne s’est pas posé les bonnes questions. Pourquoi créer des partenariats novateurs entre l’entreprise et son territoire ? D’abord parce que les entreprises et les élus locaux ont des intérêts réciproques à construire de nouvelles alliances ; plus l’entreprise devient compétitive et plus elle contribue à l’attractivité du territoire. Dernier point : quels sont les enjeux économiques et humains qui font notre écosystème à l’échelle territoriale pour les vingt ans qui arrivent ? Là, on parle de cinq ans, c’est normal, c’est dans le cadre du plan.

(…) Je le veux bien. Ecoutez, je vais conclure : eu égard à l’ensemble de ces arguments et pour avoir une bonne vision de ce programme du développement économique, nous vous demandons, monsieur le Président, un report de vote au prochain Conseil afin de mieux intégrer tous les acteurs, d’avoir une lisibilité plus précise car le monde économique ne s’arrête pas aux limites géographiques des collectivités territoriales.

Schéma de développement économique