Pierre Berat

Pierre BERAT
Conseiller municipal de Lyon 3e
Conseiller métropolitain

Chers collègues, nous voterons cette modification statutaire technique qui illustre la grande complexité de notre organisation territoriale. Nous la voterons mais, à l’occasion de cette délibération, nous, élus du groupe UMP et apparentés, alertons sur l’émergence de nouveaux doublons entre l’action du Pôle métropolitain et celle d’autres collectivités territoriales.

Depuis quelques mois, vous ne cessez d’annoncer -et vous avez raison sur ce point- les conséquences douloureuses qu’aura la baisse drastique des dotations de l’Etat : – 73 M€ pour la Métropole en 2015. La loi NOTRe, en cours d’examen au Parlement, est censée simplifier les choses en répartissant clairement les rôles des collectivités pour une action publique moins coûteuse. On verra quel sera le résultat à l’issue du capharnaüm de cette réforme territoriale socialiste.

Il reste que, dans ce contexte, l’heure n’est certainement pas à la création de nouveaux doublons. C’est pourtant ce que vous tentez de faire avec certains projets du Pôle métropolitain. On vous promeut à Paris comme le grand expérimentateur simplificateur avec la Métropole, on sait moins que vous êtes aussi complexificateur avec le Pôle métropolitain.

Quelques exemples de ces doublons naissants :

  • l’attraction des entreprises : alors même qu’au plan national, Business France se met en place en déclinant son action en région, vous organisez les choses au niveau d’un sous-territoire de Rhône-Alpes ;
  • deuxième exemple, la French Tech : alors que quatre agglomérations sont labellisées agglomérations numériques ou candidates en Rhône-Alpes, pourquoi chercher à travailler uniquement avec Saint Etienne qui semble d’ailleurs regarder un peu vers Grenoble ? Pourquoi ne pas chercher à jouer la complémentarité de toutes nos forces régionales ? Le cluster Edit qui vient de fusionner avec GRILOG, le cluster grenoblois, nous en montre un peu le chemin ;
  • enfin, dernier exemple, la robotique : vous nous expliquez qu’il faut financer une stratégie du développement de la robotique au niveau du Pôle métropolitain mais, pas plus tard que jeudi 18 dernier, votre camarade Jean-Louis Gagnaire, Vice-Président du Conseil régional, a lancé lui aussi son plan régional de la robotique animé par la structure haut-savoyarde Thésame.

Alors pourquoi doublonner la dépense publique sur des sujets où nous sommes plus forts en réunissant tous nos atouts régionaux et pour lesquels notre Métropole, capitale régionale incontestée, a naturellement un rôle d’entraînement en tant que pôle économique majeur sans qu’elle ait besoin de créer ses propres initiatives ?

Pourquoi ? La réponse figure peut-être dans votre interview aux Echos du 16 mars. Vous y expliquez qu’il serait dangereux de confier tous les pouvoirs économiques dans une seule main, la Région, surtout si celle-ci peut basculer dans de mauvaises mains en raison du mode d’élection. C’est ce qui est écrit. En somme, pour vous, c’est le mode de scrutin qui détermine là où il faut élaborer une stratégie de développement économique. Alors, heureusement que vous n’avez pas de fascination pour le scrutin d’arrondissement au niveau municipal, sinon c’est à ce niveau que vous bâtiriez la stratégie de rayonnement économique !

A votre décharge, il est vrai que l’attelage majoritaire sortant a gravement endormi la Région et que cela laissait de la place à des initiatives concurrentes. Mais j’ai une bonne nouvelle : avec une majorité nouvelle, la Région retrouvera son rôle plein et entier. Alors, vous allez me dire : “Vous critiquez le Pôle métropolitain mais vos amis Maires UMP des agglomérations partenaires le soutiennent“. Nous parlons d’un établissement intercommunal et chacun regarde les choses depuis son territoire et moi, je ne doute pas une seconde de la volonté réformatrice de nos collègues. Vous allez me dire aussi : “Plus il y a d’actions, mieux c’est ! Vive le foisonnement des initiatives, pourvu qu’on sache travailler ensemble !” Cet argument, qui relève du monde des Bisounours, ne tient plus la route car, pour en revenir à mon propos introductif, en période de disette budgétaire, aucun gaspillage ne peut être toléré. Car effectivement, les doublons en termes de structures ont forcément un coût et mes collègues du dernier mandat l’avaient pointé lors de la création du Pôle métropolitain. Nous en avons eu la démonstration dans le bilan du Pôle : les orientations budgétaires indiquent en effet noir sur blanc que le Pôle n’a réalisé que 58 % de son plan d’actions en 2014, c’est-à-dire qu’il a fait la moitié de ce qu’il était censé faire ; et pourtant, les frais de fonctionnement, au cours de cette même année, n’ont diminué que de 15 %. Vous avez toujours vanté, monsieur Collomb, la souplesse et la légèreté de l’organisation du Pôle métropolitain. Un tel écart entre activité et ressources consommées c’est plutôt le signe d’une rigidité ! Et je peux vous dire qu’une petite entreprise, dont l’activité chute de 50 %, elle ne peut pas se contenter de réduire de 15 % ses charges.

Alors voilà, monsieur le Président, nous vous alertons sur cette dérive institutionnelle. Alors que notre collectivité s’apprête à réduire la voilure en termes d’investissement et -vous nous l’avez encore dit en début de séance- alors que vous vous apprêtez à dire à de nombreuses associations, dans le cadre de nouvelles compétences, qu’il n’y a plus d’argent, nous vous disons que les doublons institutionnels, facteurs de gaspillage en termes de dépenses, ne sont vraiment plus admissibles. Nous allons donc y veiller dans le détail lors de la mise en œuvre de la feuille de route du pôle.

Je vous remercie

Quel rôle pour le pôle métropolitain ?
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