Ça arrive, ça peut arriver, ce n’est pas dramatique mais je ne résiste pas au plaisir de discuter encore avec vous pendant quelques instants.

Monsieur le Président, vous êtes comme beaucoup d’entre nous attaché à la culture, nous venons de voter 13,4 M€ pour le fonctionnement du musée des Confluences.

Vous êtes aussi attaché au patrimoine lyonnais. L’Hôtel-Dieu va revivre ; même si nous ne sommes pas complètement d’accord sur le projet -nous aurions aimé peut-être d’autres choix-, nous pouvons nous satisfaire tout de même qu’il accueille une partie de notre patrimoine collectif avec la Cité de la gastronomie ; rappelons-nous, dossier récupéré de justesse, nous nous souvenons de cet épisode en 2013.

Comme vous le savez tous -et cela a sans doute été évoqué bien sûr-, un fleuron de notre patrimoine lyonnais mais aussi métropolitain, français et même international est en difficulté : le musée des Tissus et des Arts décoratifs, qui ne reflète pas seulement l’histoire de la soierie lyonnaise mais aussi l’histoire textile du monde entier ; 4 500 ans d’histoire.

Comme le musée des Confluences, le musée des Tissus et des Arts décoratifs a le label “Musée de France”. Il abrite une collection extrêmement importante. Son budget est de 2,5 M€ dont 800 000 € de recettes propres. 80 000 entrées par an, soit plus d’ailleurs que certains musées lyonnais actuels, lui permettent un certain autofinancement. Pourtant, la Chambre de commerce et de l’industrie, propriétaire depuis 150 ans, qui finance à hauteur de 1,7 M€, ne peut plus le soutenir, conséquence d’une politique gouvernementale qui lui assène des restrictions budgétaires à hauteur de – 40 %.

Depuis 2013, la CCI a fait connaître ses difficultés, à la fois à l’Etat et aux collectivités locales, de ne pouvoir continuer de garder le musée au-delà de 2017. Son souhait est que soit imaginé -et je précise “que soit imaginé”- un nouveau modèle de gouvernance de ces musées, c’est-à-dire pas forcément la gestion exclusive par une collectivité ou une autre exclusivement de la gestion de ces musées.

Votre ville, la Ville de Lyon, a été consultée en mai 2014 et, en septembre de la même année, le Grand Lyon a été saisi. Ne laissons pas, monsieur le Président, mettre en caisse cette merveilleuse collection, comme c’est le cas pour certaines collections des musées de Médecine qui n’ont pas trouvé place ailleurs, et en particulier à l’Hôtel Dieu !

S’il ne s’agit plus aujourd’hui comme à sa création de renouveler la production, de stimuler la formation des professionnels ou d’éduquer le goût des fabricants et du public, le musée des Tissus est une référence mondiale pour la conservation, l’étude et la connaissance du textile. Si -je vous cite- “l’énergie de la Métropole, son avenir se puise dans la force des entreprises”, son avenir se puise aussi dans la grande qualité de son passé et dans son patrimoine.

La Chambre de commerce et de l’industrie de Lyon semble être disposée à céder à titre gratuit les bâtiments, par ailleurs magnifiques, dont on imagine facilement la valeur actuelle. L’Unitex, l’Union des industriels textiles, propose un soutien financier via une fondation. Le nouveau Président de la Région a dit qu’il était prêt à agir en cofinancement ; j’ai d’ailleurs vérifié ce qui a été dit par monsieur Képénékian tout à l’heure, bien que je ne sois pas là : il n’a pas précisé qu’il ne voulait pas financer le fonctionnement du musée ; la précision vient de son directeur général que nous avons pu joindre.

Je voudrais savoir comment, monsieur le Président, notre collectivité locale, Métropole de Lyon, deuxième Métropole de France, pourrait être absente de ce tour de table pour essayer de trouver une solution absolument essentielle pour le musée des Tissus de Lyon.

La collectivité finance le musée des Confluences à hauteur de près de 14 M€ ; nous le savons, le Grand Lyon lui-même ne l’avait pas décidé, nous sommes bien d’accord. Il ne s’agit même pas, pour la Métropole, de financer à hauteur de 1,7 M€, il s’agit simplement que vous, monsieur le Président, en tant que Président de la Métropole, de notre collectivité, garant de ce que nous avons de plus beau dans notre patrimoine local et national, par ailleurs Maire de Lyon -mais ici vous êtes le Président de la Métropole-, vous puissiez assurer que vous serez dans le tour de table pour que les autres partenaires confirment leurs engagements. Je ne vous demande pas, Monsieur le Président, que la Métropole soit leader sur le sujet, je crois que ce qui est important; c’est que l’institution soit au tour de table et que les autres, évidemment, se prononcent, s’engagent. Peut-être y a-t-il d’autres hypothèses, on parle de fondation notamment qui pourrait participer à ce tour de table. N’est-ce pas là le rayonnement de notre Métropole ? Conserver à Lyon la plus grande collection de textiles du monde afin que les meilleurs exemples du passé puissent renouveler la création de demain.

Notre collègue Dominique Nachury, demain, à l’Assemblée nationale, interpellera le Gouvernement à l’occasion des questions orales.

Ce soir, devant le Conseil de Métropole, je ne cherche pas -et je vous le dis tout nettement- la polémique. Je pense simplement que la qualité de ce patrimoine ne doit pas être passée par pertes et profits et que votre participation au tour de table organisé sous la responsabilité du Préfet de Région me paraît absolument essentielle pour qu’une solution collégiale puisse aboutir et que, avec une participation dont elle pourra assumer le coût, la Métropole prenne sa part mais, certes, pas seule. Monsieur le Président, alors que la prochaine réunion entre les différents protagonistes du dossier aura lieu d’ici quelques jours -d’après ce que nous avons pu lire-, je souhaiterais que vous donniez votre position, même si elle a été rappelée tout à l’heure par votre Vice-Président. Et je ne peux pas penser un seul instant que l’amoureux que vous êtes de votre ville, de notre Métropole, que collectivement nous partageons sans aucune difficulté là-dessus, nous ne serions pas dans ce tour de table pour faire gagner ce fleuron du patrimoine national.

Merci.

Musée des tissus
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