Mohamed Rabehi est intervenu en Conseil de la Métropole du 9 juillet 2018 au sujet de la Cité de la Gastronomie

Monsieur le Président, mes chers collègues,

En octobre 2010, l’Hôtel-Dieu a cessé d’être un hôpital mettant fin à des siècles d’histoire de la médecine et de soins médicaux pour tous et renonçant à la promesse faite en 2008 par Gérard Collomb du maintien d’une activité sanitaire de proximité.

Pour perpétuer cette tradition lyonnaise envers les nécessiteux dans une vision macron-compatible, le maire de Lyon de l’époque a proposé la réhabilitation du bâtiment pour accueillir un hôtel 5 étoiles, un centre commercial avec des boutiques de luxe et des restaurants, un centre de convention et surtout une « Cité de la Gastronomie ».

Pour devenir cité de la gastronomie, encore fallait-il obtenir le label gouvernemental. D’une facilité enfantine nous expliquait alors Gérard Collomb : « puisque notre ville est la Capitale mondiale de la Gastronomie. » (Cf. intervention en préambule du rapport 2016/1395 du 11/07/2016).

Facile aussi puisque le gouvernement d’alors était socialiste comme le maire d’alors. C’était sans compter sur la Mission française du patrimoine et des cultures alimentaires qui allait valider les candidatures des villes de Dijon, Paris/Rungis et Tours et retoquer le dossier de Lyon pour le faire passer au rattrapage.
Autant dire que l’on peut bien mettre le qualificatif « international » à notre nom, nous ne sommes quand même qu’une cité de la gastronomie parmi d’autres ! Ce n’est pas très glorieux pour qui se voulait être le 1er de cordée.

Ceci étant fait, il fallait alors trouver les financements pour réussir le projet. Là encore tout devait être facile !
Pas tant que cela finalement puisqu’en juillet 2016 dans une précipitation totale vous demandez à notre assemblée de voter en urgence la création d’un fonds pour financer l’opération, nous avouant alors à ce moment-là que l’entreprise Eiffage n’avait « pas fait le job ».
Et voilà la Métropole chargée de faire le VRP pour encore une fois rattraper ce dossier.

Alors que le dossier est enfin sur pied, il convenait de définir la gestion de cette Cité de la Gastronomie de Lyon. En mai 2017, notre Métropole lançait donc sa délégation de service public. Et aujourd’hui vous nous proposez de retenir la société Magma Cultura parmi les trois candidats finalistes.
Nous n’avons aucun doute sur la régularité du marché, eu égard au grand professionnalisme des services et au sérieux de M. Gérard CLAISSE dans la gestion et la présentation de ce dossier, qui a bien voulu répondre à l’ensemble de nos interrogations en commission.

Permettez-nous toutefois de nous interroger sur les conditions de la négociation qui amènent à un choix plus politique que technique. D’abord on ne peut que s’étonner que la Métropole ne se soit pas adjoint des experts pour l’aider dans son analyse.
On nous répond que cela n’existe pas, permettez-nous d’en douter. D’ailleurs pour le savoir encore aurait-il fallu en chercher, vous nous avez indiqué que ce n’était pas votre choix.

Finalement, à défaut d’expert, les négociations ont été menées par le vice-président, Gérard CLAISSE, qui s’est adjoint les collaborations de Mme Fouzya BOUZERDA et M. Max VINCENT. Je ne sais pas quelles sont leurs compétences particulières parmi les 165 membres de cette Assemblé, cela a dû nous échapper !
En tout cas on peut regretter encore une fois votre choix de refuser la transparence et la pluralité en excluant l’opposition.

Sur le choix du candidat, nous avons bien compris qu’il y a des particularités dans son offre culturelle. Elle est tournée vers le grand public, avec un prix d’entrée moins élevé que ses concurrents et une ouverture 7 jours sur 7.
Mais en fait, ce qui va faire basculer le vote c’est l’engagement sur le risque financier.
Oui ! Car le modèle économique reste incertain nous a-t-on expliqué.
Vous citiez, en exemple, la Cité du Vin à Bordeaux de M. JUPPE, en vantant sa beauté et son attractivité. Mais nous sommes là sur un projet qui a choisi un mode de gestion qui s’appuie sur le mécénat. C’est un projet qui, lui, est rentable avec près de 450 000 visiteurs par an et un coût de fonctionnement qui est complètement assuré par les recettes propres.

Nous c’est tout l’inverse. La négociation aura aussi eu pour objectif d’inciter les candidats à baisser leurs prétentions en matière de fréquentation, la ramenant de 450 000 visiteurs/an à 250 000 visiteurs/an…
À croire que même nous, nous ne croyions pas au projet ! En tout cas moins que les candidats.

C’est le candidat de l’assurance financière de la Métropole qui a été choisi, pas tellement celui de la gastronomie lyonnaise.

Ce dossier aura donc marqué au fur et à mesure de son avancée l’abaissement des ambitions et de l’optimisme de la Métropole.

D’un grand projet emblématique de la Cité de la Gastronomie Lyonnaise, on est passé à la gestion technique d’une délégation de service public comme on en fait pour l’assainissement !
Dommage !!!

C’était un beau projet… Mais il ne sera peut-être pas à la hauteur de l’attente des populations de notre Métropole lyonnaise au regard de ce que vous leur avez quelque peu survendu politiquement.

Mohamed RABEHI – Cité internationale de la Gastronomie