Monsieur le Président et chers collègues, l’investissement pour le renouvellement urbain dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville est évidemment nécessaire et ce n’est pas moi, élu de Vénissieux, qui dirait le contraire. Ce renouvellement urbain est plus que le bienvenu, il doit s’inscrire dans le respect des équilibres et la recherche de l’amélioration de la qualité de vie des habitants.

Cette délibération nous demande de nous prononcer pour le financement d’une étude pour Alliade habitat, opérateur du logement social, concernant la construction de 50 logements sur le talus Monmousseau, un espace sur l’extrémité nord-est du Plateau des Minguettes, à proximité voire à l’endroit même où les tours ont été détruites il y a à peine vingt ans ; ces tours avaient été détruites à grand renfort de couverture médiatique afin de marquer une volonté de revenir sur une politique de densification dont on avait, à l’époque, compris les méfaits. On tendait alors à restaurer ce que, vous, monsieur le Président, appelez aujourd’hui “l’alliance de l’humain et de l’urbain”.

Mais, depuis quelques années, force est d’observer que, tournant le dos à ces enseignements de notre histoire urbaine pourtant récente, nous revenons à nos anciens démons par un rythme de construction effréné, notamment sur le Plateau des Minguettes. Même si on ne construit plus des tours mais désormais des immeubles à taille plus modérée, il n’empêche que, ces dernières années, nous remplaçons les espaces verts par des immeubles “au touche à touche”, ce qui à nouveau ne laisse guère de place à la dimension humaine ; nombreux sont les Vénissians qui s’en plaignent.

Rappelons qu’avec la politique de déconstruction, Vénissieux était passée de 75 000 habitants à 55 000 habitants. Or, nous sommes déjà remontés à quelque 61 000 habitants et on annonce aujourd’hui un objectif de 75 000 à 80 000 habitants à Vénissieux d’ici quinze ans. Ce qui a été déconstruit à la verticale est reconstruit à l’horizontale, renforçant donc la densité au sol. De toute évidence, en agissant ainsi, nous ne favorisons pas l’alliance de l’humain et de l’urbain mais, au contraire, nous détériorons durablement l’équilibre entre l’humain et l’urbain. Nous sommes à l’opposé de ce dont Vénissieux a besoin et, tout particulièrement, ce dont le Plateau des Minguettes a besoin.

Par ailleurs, nous tenons à attirer votre attention sur un autre point concernant cette délibération : il y est question d’une étude sur la construction de 50 logements, sans en spécifier le cahier des charges ; aucune orientation ne nous est communiquée, notamment sur le type de logements dont il serait question. Certes, Alliade habitat est un opérateur du logement social qui peut construire du logement neuf en vue de l’acquisition mais, là encore, force est de constater que, ces dernières années, la tendance majoritaire sur les Minguettes a été la construction de logements locatifs sociaux.

Or, le taux de logement sociaux aux Minguettes est aujourd’hui, soulignons-le, de 77 %. A ce sujet, faut-il rappeler ici que le 6 mars dernier, le Premier Ministre, Manuel Valls, indiquait – je cite – qu’il faut arrêter d’ajouter de la pauvreté à la pauvreté” annonçant également -je cite encore- que les quartiers les plus pauvres ne pourront plus dépasser les 50 % de logements sociaux. Là encore, il s’agit de mettre en application l’alliance de l’humain et de l’urbain. Or, le texte de cette délibération ne donne aucune orientation et aucune garantie en ce sens.

Au regard de ces deux réflexions, à savoir le peu de cas fait des enseignements du passé au sujet de la densification excessive du Plateau des Minguettes et, d’autre part, l’absence d’orientation claire concernant le type de logements à construire, le groupe Les Républicains et apparentés s’abstiendra sur cette délibération.

Minguettes : une politique de logement inadaptée
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