INTERVENTION de Véronique SARSELLI

(Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le Président,

Chers collègues,

Je m’associe à la douleur de tous les métropolitains pour qui la période du confinement est aussi celle d’un deuil. Grâce à la mobilisation exceptionnelle de nos soignants, de nos chercheurs, de nos entreprises et de toute une Nation, ne doutons pas que nous gagnerons contre cette crise sanitaire.

Les mesures que nous allons voter vont dans le bon sens. C’est dans cette logique constructive que le groupe Les Républicains aborde l’examen de cette délibération. Les plans de sauvetage apparaissent malheureusement comme une impérieuse nécessité mais les conséquences économiques de la pandémie grèveront longtemps nos finances publiques.

La croissance est  réévaluée dans le PLFR n°2 2020 à – 8 % pour 2020. Quant à la dette, celle-ci atteindrait provisoirement les 115 %.

Autant de raisons de voir la croissance s’effondrer un peu plus — et les recettes de la métropole également.

Le COVID dessine une économie au mieux en récession au pire en « dépression ».

Les objecteurs de croissance l’ont rêvé, le confinement l’a fait : l’activité productive est à l’arrêt, le krach boursier est arrivé, les perspectives de croissance sont en berne, les déplacements sont réduits, les voyages en avion annulés. Nous vivons l’expérience de la décroissance. Si certains imaginaient la décroissance comme une opportunité pour le monde « d’après » ou comme un projet politique métropolitaine, la réalité met en lumière son caractère dramatique.

C’est pourquoi, Monsieur le Président nous sommes heureux que vous nous proposiez une délibération de crise avec des mesures exceptionnelles.

Il s’agit d’éviter, une fois l’urgence sanitaire passée, une déstabilisation durable de notre économie et de notre modèle social.

Vous ciblez les publics fragiles et c’est une bonne chose. Le filet social doit permettre d’amoindrir cette crise.

Les acteurs associatifs sont aussi au centre de cette délibération et nous nous en réjouissons.

Même si personne ne connait le bilan financier des propositions votées aujourd’hui. Avec certitude, la Métropole devra présenter un acte 2 et peut être 3 d’aides exceptionnelles. Et il ne s’agira pas que de la reconduction de ces aides mais en fonction du contexte sanitaire que nous ne maîtrisons pas d’apporter les moyens de la relance économique et du soutien.

A titre d’exemple, puisque la délibération y fait référence on pourrait évoquer l’aide aux universités et aux étudiants. À la lecture de cette délibération nous aurions souhaité que la Métropole en plus de venir en aide à un fond de soutien se penche sur d’autres situations. Les étudiants salariés. Les « petits  boulots » sont les premiers à servir de variable d’ajustement en période de crise et leur situation sociale va être particulièrement difficile.

Certains étudiants confinés, parfois seuls, loin de leurs proches, rencontrent des difficultés majeures en matière alimentaire notamment. Si l’État a bien prévu d’accompagner ces jeunes, la Métropole peut également apporter sa contribution au travers du Fonds d’Aide aux Jeunes (FAJ) pour permettre d’instruire des dossiers d’aides supplémentaires.

Assurer la continuité économique, c’est soutenir notre capacité nationale de rebond, car les entreprises sont les principales contributrices à la croissance, à l’emploi et aux finances publiques. La France doit agir vite, fort tout en anticipant.

Pour intervenir dans le domaine économique, la Métropole de Lyon a dû conventionner avec la Région. Saluons ce bel exemple d’intelligence collective avec la Région. La synergie et la complémentarité au service de la survie des créateurs de richesse se conjuguent ainsi à l’action de l’État. Un travail commun dépassant les limites partisanes et nous n’en attendions pas moins en temps de crise. 

L’attribution d’aides directes aux entreprises dont il est question en l’espèce doit être applaudie. Elle est une pierre complémentaire nécessaire pour affronter cette crise. 89 % des entreprises du territoire ont moins de 10 salariés. Cet écosystème de « travail non salarié » est structurant et doit donc être protégé. L’aide est ambitieuse tant en volume qu’en montant et vous pouvez compter sur l’appui de notre groupe à ce sujet.

Toutefois, éligible uniquement aux bénéficiaires de l’aide du FSN, cette aide est conditionnée aux lacunes de l’aide nationale. . Quid des entreprises en première année d’ouverture ne pouvant pas démontrer les deltas de CA ? Quid des professions libérales ? La délibération n’est pas explicite à ce sujet. Elle méritera certainement un complément.

Certes, l’aide métropolitaine amplifie l’aide nationale, mais elle amplifie également les effets de seuil. Les conditions d’éligibilité sont les mêmes et le dispositif fait l’économie de toute aide pour les PME.

Les PME ne sont éligibles à rien au niveau de l’État, sauf à bénéficier du PGE qui par définition devra être remboursé dans 1 an. Et à ce sujet, donnons-nous rendez-vous dans 1 an pour voir combien auront franchi le mur de la dette.

N’oublions pas nos PME. Elles qui font preuve de résilience et d’agilité pour adapter leurs outils de production et répondent présentes dans cette crise sanitaire.

Des centaines d’entreprises ne pourront faire face à la crise, même avec les aides prévues. Quid des entreprises de l’hôtellerie, de la restauration, du tourisme et de la culture qui ne repartiront pas immédiatement après le 11 mai ? Leur chiffre d’affaires perdu le sera définitivement : on ne rattrape pas une saison ratée. Il faut répondre vite.

Nous devons aussi nous garder de créer des procédures trop complexes pour les aides. Il y aura bientôt autant d’aides qu’il y a de taxes, c’est dire l’inventivité du secteur public. Nous pouvons parler Infobésité des dispositifs.  Nous avons besoin de rationaliser, de coordonner les aides pour offrir aux entrepreneurs une certaine lisibilité. Les interprofessionnels auront ici un rôle clef à jouer.

Cette crise crée d’ores et déjà un problème d’offre, mais aussi, dans certains secteurs, un problème de demande. Son accentuation devra conduire le Métropole à envisager des mesures de soutien aux entreprises en facilitant la commande publique. Vous parlez de reprise de chantier en période de confinement. Des chantiers de maintenance. Quid des structurants qui doivent aussi repartir au plus vite.

Nous sortons d’une année préélectorale où les fins de chantier s’accumulaient et où les acteurs publics retenaient leur souffle jusqu’aux élections. Les seconds tours sont parfois décalés dont celui de la Métropole. Mécaniquement, la commande publique est à l’arrêt.

Il faut absolument relancer le moteur en facilitant les possibilités de travaux. La Métropole doit pouvoir proposer aux communes des PPI en procédure d’urgence.

La Métropole doit construire nos résiliences territoriales au plus près des citoyens en privilégiant une relance locale. Appuyez-vous sur les Maires et sur les 59 communes. Les Maires, soyez-en certain seront au rendez-vous pour aider la métropole à flécher les priorités.

Mesures d’urgence à caractère économique de la Métropole en réponse à la crise sanitaire liée au COVID 19