Laurence Balas est intervenue en Conseil de la Métropole du 25 juin 2018 au sujet du compte administratif 2017

Monsieur le Président, mes chers collègues,

Après cette présentation des comptes de la Métropole, nous pourrions avoir deux choix : soit abandonner face à leur grande complexité, soit s’en tenir à votre analyse qui pourrait se résumer ainsi : tout va très bien !
Seulement voilà, j’essaye toujours d’aller plus loin que votre présentation idéalisée. Et c’est donc un 3e choix que je vais développer, celui d’une analyse quelque peu critique qui nous amènera à voter contre ce compte administratif. Vous y êtes habitués !

Vous nous dîtes, la Capacité d’Autofinancement (CAF) est en augmentation mais c’est après retraitements sinon elle est stable.
Vous nous dîtes que les dépenses de fonctionnement progressent modérément mais en réalité beaucoup plus qu’entre 2015 et 2016.
Vous vous enthousiasmez sur votre investissement, mais quand on s’attarde sur les 381,7 M€ de crédits de paiements issus de la Programmation Pluriannuelle d’Investissements (PPI), 31,3% (119,5 M€) sont de la PPI 2008-2014. Nous sommes juste en 2018 ! Il reste encore 306,3 M€ de crédits de paiement à venir sur les autorisations de programme de cette ancienne PPI (27,4% des CP). Alors, Mesdames, Messieurs les Maires, j’ai envie de vous dire malheureusement qu’un certain nombre d’entre vous risquent d’être déçus par le fossé entre les engagements qui ont été pris et la capacité de la Métropole à les mettre en œuvre.

Revenons à vos dépenses de fonctionnement qui, heureux hasard, croissent de 1,2% de quoi quasiment rentrer dans les clous du pacte de contractualisation avec l’État que vous voulez signer.

Si on regarde plus en détails on s’aperçoit cependant que vos résultats sont heureusement améliorés par des éléments exceptionnels (58,9 M€ de cessions soit 38 M€ de plus que l’année dernière) qui ne se reproduiront pas en 2018 et par des frais financiers en baisse, après un retraitement plus que discutable de la gestion de la dette toxique. Il s’agit quand même de 21 Millions d’euros de dépenses qui disparaissent des comptes pour faire atterrir presque miraculeusement la progression des dépenses réelles de fonctionnement à 1,2%.

Cependant si l’on s’en tient aux seules dépenses de gestion (donc hors frais financiers et exceptionnels), on constate bien un effet ciseaux :
– Recettes : + 0,8% soit + 20 M€
– Dépenses : + 2,5% soit + 54 M€
Et les remarques sont toujours les mêmes et donnent un sentiment persistant de non maîtrise de vos dépenses et d’une navigation au jour le jour que nous constatons chaque année.
Quasiment aucune référence Plan Marges de Manœuvres si ce n’est pour nous faire part d’une hausse de recettes sur la dépendance suite à l’augmentation du nombre de contrôles d’effectivité puisqu’une équipe mobile dédiée a été mise en place dans le cadre de ce plan. Preuve étant ainsi faite de l’utilité des contrôles. Nous ne pouvons que vous encourager sur ce sujet, d’autant que, nous le voyons, les dépenses sociales ont tendance à prendre le pas sur le reste et passent de 29 à 31% du total. La question d’une refonte des aides sociales est sûrement nécessaire tant au niveau national que local mais d’une manière apaisée ce qui ne me semble pas être vraiment le chemin pris. Mieux aider les personnes en recherche d’emploi ou confrontées au vieillissement implique de mieux gérer la distribution de ces aides. Sur l’insertion, tout tourne autour du RSA et sa distribution représente 92% des dépenses ; les vraies actions d’insertion sont donc de 8%

Y a-t-il eu d’autres axes d’efforts cette année ? On ne voit pas grand-chose et cela se traduit dans les chiffres.

Ainsi, + 4,2% de hausse pour les charges à caractère général avec des variations pour certains postes comme les prestations de services de +36%, frais de colloques et séminaires de +26% ou de fournitures d’entretien de +37% pour ne citer que ceux-là.
Comment est-ce encore possible après plusieurs années, à vous entendre, de grande rigueur d’avoir des hausses de ce type ?

Alors oui il y a encore une fois, les fameux retraitements qui rendent les comparaisons difficiles d’une année sur l’autre dites-vous : c’est décidément votre arme fatale, votre joker.

Une chose est certaine, c’est qu’année après année, nous vous le répétons, la Métropole est devenue une collectivité de fonctionnement plutôt que d’investissement sans pour autant être plus efficace et cela nous inquiète.

Alors Monsieur le Président, quand nous lisons votre déclaration pour le moins surprenante, début juin à Sciences po où vous envisagez dans 20 ans de fusionner la Métropole avec la Région Auvergne Rhône-Alpes, nous préférerions que vous attachiez à ce que notre collectivité soit réellement opérationnelle dans toutes ses compétences, ce qui ne nous semble pas encore être le cas.

Laurence Balas – Compte Administratif 2017