Merci, monsieur le Président. En préambule, monsieur le Président, je m’étonne que
l’on puisse entrer aussi facilement dans cette enceinte qui doit être un lieu de débats sereins, d’autant que vous
avez été vous-même victime de l’attitude de ces voyous qui n’ont rien à voir avec la République. Et, bien
évidemment, cette situation, je l’espère, est la dernière. On a déjà eu des situations antérieures qui posent un vrai
problème, et du public -et particulièrement aujourd’hui- et de l’ensemble des élus du Conseil de la Métropole.
En préalable, monsieur le Président, mes chers collègues, ce rapport sur la création de l’Institut français de
civilisation musulmane porte à nos discussions pas seulement une demande de subvention, même si celle-ci est
élevée, mais bien une réflexion sur notre vision de la République et de ses principes fondateurs.
Cette réflexion est tout aussi particulière à Lyon où, par l’histoire de la ville, les liens entre les religions et le
pouvoir politique ont toujours été forts. Il est donc habituel de voir les autorités religieuses se tourner vers les
collectivités et il n’est pas choquant que les représentants du culte musulman viennent partager leur projet avec
les représentants de la Métropole. Nous ne pouvons que partager la position de Monseigneur Barbarin sur le
besoin d’ouverture vers toutes les cultures religieuses mais cette position est l’expression d’une autorité
religieuse qui ne doit pas interférer dans la gestion d’une collectivité publique.
La position de notre famille politique est claire depuis de nombreuses années. Nous souhaitons la constitution
d’un islam “de” France qui intègre les valeurs de la République et non pas d’un islam “en” France qui soit sous
influence étrangère. Un islam qui doit trouver aussi en France la protection pour exercer son culte dans la liberté
et l’indépendance, conformément au principe de séparation des Eglises et de l’Etat.
Cette vision est partagée par la grande majorité des musulmans de France et particulièrement ici, à Lyon. Nous
sommes nombreux sur ces bancs à partager des relations de confiance et même amicales avec le
Recteur Kamel Kabtane dont l’intégrité dans les valeurs de la République et son engagement pour l’ouverture des
cultures méritent d’être soulignés.
Mais la création d’un IFCM à Lyon dépasse largement les relations personnelles et, surtout, un tel institut a
vocation à perdurer à ceux qui en sont aujourd’hui à l’origine. Nous devons penser aussi pour l’avenir le
développement du fait religieux et des relations interculturelles.
La problématique de ce jour n’est pas non plus de trancher si le dialogue des cultures passe par des Instituts
pour se développer ; cela est un choix relevant des associations. Elle est sur le principe de l’intervention publique
et de ses modalités. Sur ces choix qui relèvent de notre responsabilité, nous avons, monsieur le Président, des
doutes à exprimer sur deux points.
Tout d’abord, le financement de cet édifice culturel. C’est peu de dire que la délibération est succincte. Un
montant total de 6,59 M€ sans aucune précision sur les grandes masses de dépenses ni même la date du
chiffrage pour constater un budget à jour. La proposition de 1 M€ de soutien de la Métropole est énoncée sans
aucun élément d’explication sur le calcul de cette somme. Comment s’est fait le tour de table entre les
collectivités ? Pourquoi ce montant forfaitaire et pas un autre, plus ou moins élevé ?
Bien sûr, la question des fonds étrangers et des fonds propres interroge. Sur les fonds étrangers, aucun élément
dans la délibération. Pourquoi ne pas inscrire dans la délibération ce qui a été indiqué en commission par le
Conseiller délégué, que les fonds vont provenir de deux pays étrangers, à savoir l’Algérie et l’Arabie Saoudite ?
Quand, monsieur le Président, nous entendons certains élus de votre majorité faire le parallèle entre l’IFCM et le
club de football du PSG dont des fonds proviennent de l’étranger, nous ne pouvons que nous interroger sur le
respect de certains élus pour l’engagement qui est celui de la communauté musulmane à rendre accessible sa
culture. Le problème n’est pas le principe d’un financement étranger mais bien de qui finance et avec quelles
attentes.
Sur les financements, l’autre inconnu est le budget de fonctionnement de l’Institut. On peut lire un montant de
574 000 €, sans pouvoir le confirmer. D’où viennent les fonds de cette gestion ?
Cela amène à notre deuxième interrogation, qui concerne la différenciation entre le culturel et le cultuel.
Evidemment que la France, par son principe de laïcité, fait l’objet d’une situation particulière en Europe et dans le
monde. Mais c’est ainsi, la laïcité est un fondement de notre République, ce n’est ni le lieu ni le moment de
tergiverser.
Ne soyons pas non plus hypocrites à laisser penser que les collectivités ne se sont jamais essayées à financer
des opérations dont le cultuel et le culturel apparaissent liés. De même, aujourd’hui, nous parlons d’un centre
culturel musulman et personne ne peut nier que le lien avec la religion musulmane, dans le contexte national et
international actuel, interpelle différemment les représentants politiques.
La confusion entre le cultuel et le culturel est grandement entretenue par la situation géographique des sites. Oui,
on sait que, dès l’origine, un emplacement était réservé pour une autre construction qui pouvait être ce centre
culturel. Mais, depuis la construction de la mosquée, les choses ont évolué et une opportunité qui semblait
pertinente à l’époque ne l’est plus aujourd’hui. Ce n’est pas un échec de le reconnaître, cela aurait été plutôt le
signe d’une volonté claire de différencier l’aspect cultuel de l’Institut.
La confusion c’est aussi les activités qui seront choisies par la gouvernance de l’Institut. On a appris depuis peu
qu’il y aurait une nouvelle structure de la gouvernance, un conseil d’administration, un conseil d’orientation et de
surveillance et un comité scientifique, éléments qui n’existaient encore pas lundi dernier, lors du vote par le
Conseil municipal de Lyon. On peut s’interroger sur la multiplication de ces instances qui étaient inconnues
jusqu’alors et qui restent confuses dans leurs attributions respectives.
Nous n’avons décidément pas la même vision de l’organisation des cultes et des associations culturelles
associées. Il ne s’agit pas, monsieur le Président, de soumettre une quelconque association aux desiderata de la
Métropole et de la Ville de Lyon. C’est même plutôt le contraire que nous souhaitons, c’est-à-dire une relation de
confiance que les associations gèrent en indépendance et que nous soyons certains du respect de la séparation
du culturel et du cultuel.
Monsieur le Président, sur un sujet aussi fort, qui touche aux fondements même de la République, on espérait
que vous engageriez un débat ouvert, transparent et apaisé. Vous auriez pu notamment évoquer ce dossier en
Conférence des Présidents des groupes politiques pour connaître leurs interrogations et apporter des
informations. Vous auriez même pu proposer aux représentants du projet de participer à une telle réunion pour
qu’ils répondent eux-mêmes aux interrogations légitimes des élus. Quand le sujet vous intéresse, comme le
déclassement des autoroutes A6-A7, vous savez organiser une réunion en trois jours et mobiliser tous les
services concernés. Ici, rien !
Vous avez laissé monsieur Képénékian venir un peu penaud dans une réunion de commission et dire qu’il n’avait
pas tous les tenants et aboutissants du dossier mais qu’il fallait bien quelqu’un pour le rapporter car vous vous
étiez engagé à le faire, avec messieurs Queyranne et Mercier, vous êtes le seul qui reste à ce jour. Pire que tout,
vous avez transmis vendredi soir, dans l’urgence, un amendement pour apporter des compléments à votre
délibération si mal écrite. Comment comprendre une telle désinvolture dans un dossier si important pour des
milliers de nos concitoyens ?
C’est bien simple, monsieur le Président, vous devez la transparence aux Grands Lyonnais. A la Ville de Lyon,
pas de problème, vous avez usé de votre autorité sur les élus socialistes et le vote est passé même si, pour
certains qui ont parlé sous couvert d’anonymat, la pastille fut parfois difficile à avaler. Mais à la Métropole, il faut
vous assurer une majorité alors vous avez daigné écouter nos remarques. Vous auriez été bien inspiré de retirer
ce dossier pour engager un vrai dialogue entre les représentants de toutes les sensibilités politiques de notre
assemblée car nous n’acceptons pas cette méthode qui consiste à esquiver le débat démocratique.
Monsieur le Président, sur un sujet aussi prégnant de l’intime conviction de chacun, notre groupe ne peut que
constater qu’il n’a aujourd’hui ni les informations nécessaires ni les garanties suffisantes sur ce dossier. Aussi,
nous laisserons la liberté de vote au sein de notre groupe qui, majoritairement, s’abstiendra.
Je vous remercie.

Institut Français de la Civilisation Musulmane