Monsieur le Président, Mes chers collègues,

Le déploiement d’une ZFE dans notre métropole vise à répondre à deux enjeux.

Un enjeu noble, pourrait-on dire, puisqu’il souhaite apporter une réponse à une situation de pollution de l’air dont certains spécialistes attestent qu’elle serait responsable plus ou moins directement d’environ 48 000 morts prématurés chaque année dans notre pays.

Le deuxième enjeu est, en revanche, moins glorieux car il n’est que le moyen d’échapper à une condamnation financière qui serait l’aboutissement normal de la procédure lancée par l’Union européenne à la France pour manquement répété à nos obligations en la matière.

Habiles à donner des leçons à beaucoup, notre pays et notre métropole font pourtant figure de mauvais élève en Europe.
La mise en place d’une ZFE sur une partie très circonscrite de notre territoire est donc le minimum qui pouvait être fait.

Il existe des collectivités récompensées pour leur pouvoir d’anticipation ou pour leur capacité à innover.
Il existe des collectivités qui savent prendre à bras le corps des sujets prégnants ou en passe de le devenir.
Malheureusement, notre groupe est au regret de constater que ce n’est pas le cas de la Métropole de Lyon.

En effet, ce qui nous est proposé n’est pas à la mesure des enjeux de l’ensemble de notre territoire métropolitain et même au-delà en ce qui concerne la lutte contre les pollutions de l’air notamment dues à la circulation de véhicules.

Il est regrettable qu’il faille attendre la saisie par la commission européenne de la cour de justice de l’union européenne pour non-respect des valeurs réglementaires pour que nous réagissions.

La ZFE circonscrite à la partie de la métropole inclue grosso modo à l’intérieur du périphérique est une étape largement insuffisante et c’est pourquoi notre vote favorable sera accompagné de très nombreuses réserves.

En effet cette proposition aurait du s’inscrire dans un plan plus global et plus ambitieux.

Plus global d’abord.

La seule prise en compte des zones présentées, si elle est nécessaire, n’est pas suffisante pour répondre aux problématiques actuelles et futures imposées par le développement de nos territoires. Nous regrettons l’absence de prise en compte des modifications consécutives aux aménagements autoroutiers ainsi qu’au développement incomplet des transports publics au-delà de la première et de la deuxième couronne.

Nous pensons qu’il eut été nécessaire de réfléchir à associer également les territoires au-delà de notre métropole.
C’est d’ailleurs une observation que nous formulons régulièrement mais qui n’est malheureusement pas suivie d’effet.

Pour faire un brin de provocation, nous pourrions rappeler à tous que contrairement aux assertions d’un grand spécialiste en son temps : « non, le nuage de Tchernobyl ne s’est pas arrêté à la frontière ».

Deuxième point : la création de cette ZFE aurait du être, pour nous, l’occasion d’afficher plus d’ambition réaliste et d’anticiper.
Comme ont pu l’exprimer plusieurs collègues de notre groupe lors de la conférence métropolitaine des maires en juin 2018, vous peinez à raisonner à l’échelle de l’ensemble de la Métropole en n’anticipant pas ou mal les modes de déplacement futurs inhérents à l’évolution des infrastructures, à l’évolution sociologiques des territoires et aux habitudes de déplacement.

Si la photographie de l’état de l’air et des polluants qui a été la base de votre proposition de ZFE est assez parlante à l’instant T, elle ne répond pas aux évolutions possibles et beaucoup d’interrogations demeurent tant sur l’impact de vos préconisations actuelles que sur la prise en compte des effets des choix d’aménagements structurels préconisés pour le développement de notre métropole.

Les modalités de création de cette ZFE nous interpellent enfin sur l’absence de mesures d’accompagnement notamment financières pour les entrepreneurs utilisateurs de véhicules touchés par les mesures proposées.

Notre vote favorable sera donc accompagné des réserves suivantes :

Nous demandons :
• Une quantification de l’impact attendu de la ZFE sur les émissions polluantes pour tout le territoire métropolitain
• Une analyse d’impact plus particulière sur les effets du report de trafic de poids lourds des « derniers kilomètres »
• Une évolution du périmètre de la ZFE afin d’intégrer les répercussions prévisibles du report de trafic suite au déclassement de l’A6-A7, et ce dans toute la métropole et même au-delà
• Que soit élaboré un plan réellement ambitieux d’amélioration de la qualité de l’air pour toutes les zones habitables situées à proximité d’axes routiers structurants
• de faire correspondre la ZFE et son évolution programmée aux ambitions démographiques de la métropole
• d’accompagner les communes qui souhaiteraient mettre en place des mesures spécifiques de lutte contre les pollutions
• de mettre en œuvre un plan de développement beaucoup plus ambitieux des transports en commun et de toutes autres alternatives au « tout voiture » en réalisant un maillage plus efficient entre les villes des couronnes lyonnaises et des propositions beaucoup plus incitatives pour les déplacements domicile-travail intégrant les déplacements en provenance de territoires au-delà de la métropole
• d’être vigilants sur les exceptions aux interdictions de circulation sauf à risquer de voir à terme la portée de la ZFE peu à peu vidée de son sens
• que soit étudiée la faisabilité d’une vignette distinctive VUL et PL de transport de marchandises

Merci pour votre attention

Gilles GASCON – ZFE