Monsieur le Président, mes chers collègues,

Il est des sujets qui ne passionnent pas les foules, et qui passeraient presque pour secondaires, si les collectivités locales n’avaient pas la main dessus.
Il est des sujets qui, lorsqu’on tire la ficelle, nous emmènent bien plus loin que notre propre environnement quotidien.
Il est des sujets enfin, qui feront partie à n’en pas douter des enjeux majeurs pour les hommes jusqu’à la fin de ce siècle.

La gestion des déchets sera, pour l’humanité, bien plus qu’un sujet parmi d’autres dans les prochaines années. Ce sera le sujet par lequel le boomerang de nos modes de vie reviendra un jour à l’autre.

Qui sait, aujourd’hui, que les poubelles françaises débordent, au point que la Fédération des recycleurs (FEDEREC), appelle à reprendre l’enfouissement des déchets ?

Qui sait parmi le grand public, que nous exportions jusqu’à récemment des déchets plastiques vers des pays comme la Chine, qui a elle seule en captait 50% au niveau mondial. Ce que les pays développés appelaient « recyclage » consistait souvent à lui expédier des containers de déchets mal triés. Seulement voilà, en mars 2018, la Chine a interdit l’importation de 24 types de déchets, et 16 types supplémentaires ont été bannis fin 2018, et 16 autres le seront fin 2019.

Résultat : les poubelles débordent et les prix des matières premières recyclées dévissent. C’est exactement ce qui s’est passé sur le marché des papiers-cartons issus de nos centres de tri, aboutissant à l’activation de la clause de sauvegarde par la société EPR, dans le cadre d’un contrat signé pourtant peu de temps avant avec la métropole, à la fin de 2017.

Cette situation n’est rien à côté de ce qui nous attend dans les prochaines années.
De nouveaux types de déchets viendront polluer la planète très rapidement, et nous devons localement nous y préparer dès maintenant. Je veux parler des déchets engendrés par les évolutions de l’électronique au sens large, secteur qui consomme aujourd’hui beaucoup d’acier et de métaux rares.

La partie actuelle de pocker menteur entre les USA et la Chine (qui pèsent à eux deux 40% du PIB mondial), cache en sous-main une véritable guerre de long terme entre ces 2 puissances, à propos des ressources énergétiques. Le pétrole et le commerce pour les USA, les métaux rares et les technologies pour la Chine.
L’Europe est absente des débats car elle n’a ni pétrole (ou très peu), et a sous-traité la production des métaux rares à des pays peu scrupuleux sur leur conditions d’extraction, mais dont on sait qu’elles sont extrêmement polluantes. L’Europe a en quelque sorte exportée sa pollution.

Parce que le recyclage est trop coûteux sans doute, nous préférons acheter des métaux rares extraits de mines chinoises, plutôt que d’investir massivement dans des usines nouvelles générations qui récupéreraient tous ces déchets qui n’en sont pas complètement. Les japonais l’ont bien compris, puisqu’ils développent une véritable filière de recyclage des déchets électroniques. On estime ce marché de récupération équivalent en volume à la production annuelle de métaux rares extraits des mines du monde.

Nous sommes face à de nombreux enjeux liés à la gestion des déchets, à commencer par la qualité du tri. La proposition de la Métropole de Lyon d’étendre les consignes de tri est vertueuse, et elle s’accompagne d’investissements dans des usines, et d’une communication qui sera renforcée. Le groupe les Républicains et apparentés soutiendra toutes les initiatives sérieuses qui visent à organiser la filière des déchets, à encourager leur récupération et leur deuxième vie.
Par contre, nous sommes comme vous le savez, beaucoup plus dubitatifs quant aux expériences hasardeuses non objectivées sur la question du tri, comme avec l’entreprise YOYO.

Nous alertons la Métropole aujourd’hui, sur le fait de ne pas s’engager dans des contrats où seule la collectivité joue la roue de secours financière, comme sur le rapport 3307. Les entreprises ont aussi leur part de travail à effectuer, leur part de risque à prendre, pour contribuer à des solutions innovantes en la matière.
Nous sommes d’ailleurs étonnés de voir ce dossier arriver en séance en janvier 2019, alors que la demande d’EPR date de juillet 2018. Et alors même que le rapport nous propose une réévaluation de la situation en février, soit dans 3 jours.

Nous avons devant nous un grand nombre d’initiatives à lancer pour la maîtrise de la gestion de nos déchets. Mais la Métropole ne peut rien sans un mouvement de fond européen.

Nous pouvons récupérer et valoriser les déchets que nous produisons, et même en faire des filières d’excellence. L’Europe doit organiser et protéger, L’Etat doit être un relais sur son périmètre, les collectivités doivent investir localement et ainsi les entreprises suivront.

Nous ne pouvons pas rater cette marche, car d’autres étapes nous attendent, avec d’autres types de déchets encore plus techniques à gérer, et nous ne pourrons pas dire « nous ne savions pas ».

Nous le faisons pour les générations futures, et nous devons considérer les bouleversements engendrés par le réchauffement climatique comme une occasion pour les hommes de montrer ce qu’ils savent faire de mieux.

Gaël PETIT – Tri et gestion des déchets