Intervention de Gaël PETIT lors du conseil de la Métropole de Lyon du 13 mai 2019 à propos du Schéma Directeur des Energies
 Monsieur le Président, Mes chers collègues,
 
Comme trop souvent dans les dossiers qui nous sont présentés dans ce conseil, le fond est gâché par la forme.
 
Car comment ne pas être impressionné par le travail réalisé sur ce Schéma Directeur des Énergies. On voit bien, à la lecture de ce document, qu’on lui a consacré du temps et de la réflexion.
 
Les objectifs ambitieux retenus, et qui n’ont pas donné lieu à beaucoup de discussion préalable entre nous, sont proches de ce que l’Etat souhaite définir à l’horizon 2030, sauf pour notre capacité à mettre en œuvre des énergies renouvelables et de récupération, où nous ne jouons pas dans la même catégorie, avec un objectif d’atteinte de 17% d’énergies renouvelables dans notre mix de consommation, contre un objectif national de 40% sur la même période. Il est dit à plusieurs reprises qu’en milieu urbain, c’est plus difficile à atteindre.
 
Il nous semblait qu’au contraire, la densité urbaine que vous avez tant mise en avant ces dernières années permettait d’appliquer au plus grand nombre et rapidement, des mesures fortes d’éco-citoyenneté. Il semblerait que cela ne soit pas le cas.
 
Pour ne pas être accusé de malhonnêteté intellectuelle, nous dirons qu’il y a évidemment du positif dans la batterie de mesures qui nous sont proposées. Nous approuvons toutes les actions visant à l’amélioration thermique de l’habitat, et à l’effort budgétaire très important qui va en découler (31 M d’E par an pendant 10 ans pour EcoRénov). Sur les collèges là-aussi, nous avons hérité d’une situation compliquée, avec des bâtiments qui pour certains sont de véritables passoires thermiques. L’investissement de la Métropole sera conséquent pour les rénover, mais cela est nécessaire. De même, il est évident que la Métropole aura un effet d’entraînement sur les acteurs Industriels et du Tertiaire. Nous devons jouer ce rôle et avons un devoir d’exemplarité.
 
Enfin, la volonté de développer le Photovoltaïque a sans doute un intérêt, bien que le résultat attendu dans 10 ans, de 245 GW/h, soit à comparer avec la production d’une centrale nucléaire, comme Bugey, et ses 25654 GW/h, soit 100 fois plus. Mais les petits ruisseaux font les grandes rivières comme on dit…
 
Voilà quelques exemples positifs, que nous soutiendrons.
 
Mais il y aussi des points bien plus discutables. Je disais en préambule que la certains points étaient à revoir.
 
Voici un exemple saisissant : Les réseaux de chaleur
 
Le SDE fait la part belle à ces nouvelles formes de chauffage, puisque celles-ci doivent représenter la moitié de la hausse de la production d’énergie renouvelable et de récupération. Il est prévu 29 Millions d’euros annuels d’investissement pour ce développement.
 
Mais sans jamais nous prouver que ce mode est le meilleur, le moins cher, le moins polluant. Nous ne savons pas. Nous avons juste des échos sur les coûts d’exploitation de ces réseaux qui seraient plus élevés que prévu.
 
Certes c’est un sujet complexe, qui nécessite à la fois une certaine densité urbaine, une anticipation des réserves foncières, et une coordination pointue entre de nombreux acteurs.
 
A propos de coordination, on aurait pu espérer que les mairies soient un peu plus considérées dans ce document. L’action n°98 du SDE, intitulée « Renforcer la dimension métropolitaine des réseaux de chaleur » est assez édifiante. Les mairies n’existent pas, tout simplement.
 
On parle de dialogue avec des tas d’autres opérateurs (gaz, eau, électricité, assainissement), avec les bailleurs sociaux, les syndics, les acteurs du tertiaire public (hôpitaux, universités, etc…). Mais les mairies, non.
 
Nous avons eu une illustration « grandeur nature » sur le Plateau Nord cette année, de la façon dont vous déconsidérez le rôle des communes de la Métropole. Nous avons appris lors d’une CTM, que notre territoire allait être traversé de part en part par un réseau de chaleur pour relier Rillieux à la Croix Rousse, avec tous les travaux urbains que cela engendre. Personne n’était au courant.
 
Aucune concertation préalable avec les élus ou techniciens des territoires concernés, c’était presque fait.
 
Monsieur le Président, il est inutile de  porter votre bonne parole aux habitants de la Métropole, dans des « belles rencontres » qui n’en sont pas, si parallèlement vous court-circuitez les collectivités qui connaissent le mieux leur territoire.
 
Imagine-t-on demain, que la métropole débarque sur une commune pour construire un réseau de chaleur urbain, sans que la commune en question n’ait été consultée ? Ou comment créer de la tension entre les collectivités, de l’incompréhension chez les habitants, de l’agacement chez les contribuables.
 
Nous espérons pour elles que toutes les communes qui sont citées dans ce document comme étant des zones de développement du chauffage urbain, sont bien au courant de ce qui les attend.
 
Monsieur le Président, ces façons de faire ressemblent beaucoup aux méthodes de votre prédécesseur. On peut parler d’un passage en force sur ce dossier, comme sur d’autres.
 
On touche là au point faible de notre future métropole, sa représentativité. Certains élus ici ont soutenu la création de la métropole en toute connaissance de cause, malgré les alertes nombreuses du groupe Les Républicains et Apparentés sur ce sujet. Leurs communes seront les premières à souffrir de ces décisions unilatérales.
 
Notre groupe sera vigilant quant à l’application de ce SDE, et de toutes les décisions, je dis bien toutes, qui en découlent. Je vous remercie de votre attention.
Gaël PETIT – Schéma directeur des énergies