Monsieur le Président, chers collègues, très honnêtement, faut-il investir 500 000 € dans un outil de gestion ou pas, la question ce n’est pas ce qui est prioritaire aujourd’hui ; si cela permet de faire avancer les projets de la PPI (programmation pluriannuelle des investissements), cela nous paraît important pour l’ensemble des Villes mais si, en plus, cela permet de rattraper le retard des années précédentes, cela nous paraît évidemment prioritaire.

Soyons totalement objectifs, je ne suis pas sûr que cela soit le seul problème pour la mise en place de la PPI. Quand je prends une Ville comme Grigny, par exemple, sur la PPI précédente -où je n’étais pas Maire-, à peine
20 % ont été mis en œuvre lors du précédent mandat. Est-ce un outil de suivi qui manque pour faire avancer la
PPI ? Je crois davantage que c’est un problème de gouvernance. Vous avez réussi à mettre en place la gouvernance de l’entonnoir. Au départ, nous avions des rencontres avec les services puis avec le Cabinet, ce
n’est pas toujours simple mais nous y arrivions ; puis au bout d’un an ou un an et demi, il faut trouver du temps
pour rencontrer un Vice-Président, c’est un peu plus long ; au bout d’un an et demi, on y arrive ; mais à la fin, on nous dit qu’on ne pourra pas prendre de décision parce qu’il faut rencontrer le Président et là je ne sais pas si vous, mes collègues Maires, vous y êtes arrivés, mais moi au bout de trois ans je n’y suis toujours pas arrivé. A mon avis, monsieur le Président, le premier investissement est d’ouvrir un Google agenda, c’est simple, c’est gratuit et vous pourrez ainsi rencontrer tous les Maires de la Métropole dans de bonnes conditions.

Aujourd’hui, je suis inquiet parce que le Grand Lyon est une collectivité d’investissement au départ, porteuse de projets d’avenir et aujourd’hui, par votre volonté, monsieur le Président, la Métropole est une collectivité de gestion et les investissements sont bloqués, en particulier pour les petites Villes.

Dans ces conditions, comment construire une Métropole dynamique, une Métropole européenne ? Comment garantir la solidarité et la cohésion entre les territoires ? A ce jour, vous n’apportez pas de vraies réponses ; ou alors la seule réponse que je pourrais percevoir c’est que la Métropole est une collectivité au service de la Ville centre et cela n’est pas acceptable. Only Lyon n’est qu’un slogan pour une communication extérieure pas pour une gestion interne.

Aujourd’hui, comment pouvons-nous travailler avec vous pour la PPI de Grigny, par exemple, une ville de
10 000 habitants, 34 % de logements sociaux, qui a rejoint la Métropole il y a dix ans ? Pour moi, aujourd’hui, il n’y a rien, rien qui prépare l’avenir. La seule certitude, ce sont des travaux de remise en conformité d’une station de relevage, une obligation réglementaire ; et là encore ce projet était déjà dans la PPI précédente. Car soyons clairs : pour la Métropole, la PPI, c’est de l’affichage. Alors, quand on me dit : “Si, si, mais bien sûr, il y a des études sur le quartier de la gare”, je veux bien le croire mais les études ne sont pas lancées et il n’y a toujours pas de chef de projet.

Monsieur le Président, vous allez réussir à me faire regretter une période pas si lointaine où la Métropole n’existait pas, une époque où Grigny touchait en moyenne 200 000 € par an de la part du Département pour des projets d’avenir. Concrètement, aujourd’hui, ne serait-ce que pour le lancement d’une étude de 10 000 €, c’est le parcours du combattant. On pourrait se débrouiller tout seul, me diriez-vous. Mais en fait c’est ce que nous avons fait. Un seul exemple : pour une réhabilitation d’un quartier 100 % de logement social, nous avons trouvé des partenaires, financé les études et la Métropole nous l’a reproché. Le Préfet est obligé d’intervenir pour faire avancer un dossier qui lui paraît comme prioritaire et modèle. Ainsi, un an et demi après avoir rencontré un premier Vice-Président, après des annulations, après deux rendez-vous creux, nous arrivons à obtenir un rendez- vous avec un Vice-Président qui nous autorise et qui autorise les services à travailler sur un dossier mais sans chef de projet.

Aujourd’hui, je me pose la question : comment construire une vraie PPI avec la Métropole ? Moi je ne suis pas politicien, juste un petit Maire d’une petite Commune depuis trois ans. Mes seules priorités sont ma ville, ses habitants et la Métropole.

Depuis des années, je dis que l’affrontement gauche/droite n’a pas de sens au niveau local et que ce sont les habitants qui sont perdants. Si je ne me trompe pas, c’est ce que vous avez déclaré hier au Grand jury RTL aussi. Mais pourquoi n’arrivez-vous pas à mettre cela en œuvre ici ? Je ne suis pas dans l’obstruction, je ne suis pas dans l’opposition permanente, je l’ai dit, je l’ai écrit à plusieurs reprises, je suis pour un dialogue, pour un compromis. Mais, pour cela, il faut avoir un interlocuteur. Comment faire pour travailler, échanger, débattre et construire avec la Métropole ? Métropole à laquelle je crois. Sur tous les projets, sur tous les dossiers, je me heurte à un mur et je ne suis pas le seul- : rendez-vous annulés, comme le disent mes collègues, courriers sans réponse, comme le disent d’autres, obstruction de certains cadres -et j’en passe !-.

En tant que Maire, je trouve des partenaires, je trouve des financeurs, je contribue à développer la Métropole, je contribue à la rendre plus solidaire, je contribue à agir pour les 12 % de Grignerots au chômage, à agir pour ceux qui habitent un quartier classé politique de la ville, dégradé mais rien n’avance avec la Métropole à côté de cela. Pourtant, nous avons bien des intérêts communs. Nous sommes tous des Grands lyonnais mais nous ne sommes pas tous pris en considération. Une chose est sûre -comme le dit Marc Grivel-, nous sommes tous des Grands lyonnais mais certains sont certainement de seconde zone.

Même sur des dossiers de sécurité routière, nous avons le plus grand mal à travailler ensemble, Ville et Métropole. Là non plus ce n’est pas acceptable : il a fallu attendre deux ans et demi et un mort pour qu’enfin notre demande de sécurisation de l’avenue Jean Moulin soit considérée et qu’une étude soit lancée ; nous l’aurons, je l’espère, dans six mois mais, là encore, la Préfecture a dû faire pression.

Enfin, aujourd’hui, Grigny a aussi une menace au-dessus de la tête. Pourquoi ? Parce qu’en 2006, mon prédécesseur et vous avez signé un accord politique aux dépens des Grignerots. Cet accord conduirait aujourd’hui la Ville à payer 1,2 M€ pour financer les aménagements d’une ZAC économique. Qui a la compétence de développement économique, monsieur le Président ? Ce n’est pas la Ville, c’est bien la Métropole. Nous n’avons pas à payer une ardoise qui était à votre charge au départ, surtout que nous n’en avons même pas les moyens ! Conscient de cette difficulté, depuis 2014, monsieur le Président, j’ai pris mon bâton de pèlerin, je me suis mis en marche et je vous ai sollicité à de nombreuses reprises pour en discuter, pour trouver une solution. Je n’ai eu aucune réponse, que des portes fermées et au moins quinze demandes de rendez-vous avec vous, par tous les biais !

Je vous l’ai dit, monsieur le Président, la gouvernance de l’entonnoir ne fonctionne pas et le logiciel de suivi n’y changera rien. Le problème est que tout passe par vous. Monsieur le Président, vous êtes fort occupé, notamment dans ce sprint final. Vous êtes en marche vers Matignon mais que faisons-nous, ici, dans notre petit duché métropolitain si vous n’avez plus le temps ? On attend que vous ayez fini votre marche pour pouvoir lancer nos marchés de PPI ? Chacun ses ambitions. Nous, nous nous contentons de simples voiries, de simples stations de relevage et je vous le dis, monsieur le Président, si c’est le seul projet qui se fait à Grigny entre 2007 et 2020, je me ferais un plaisir de l’inaugurer au nom de Gérard Collomb.

De cette histoire, j’en conclus que vous ne souhaitez pas dialoguer avec les petites Communes, que vous ne souhaitez pas trouver un petit compromis. Je ne peux pas croire que votre objectif est de mettre en difficulté une commune de la Métropole, monsieur le Président. Discutons, discutons franchement et directement. Je pense qu’en trois ans, on aurait pu trouver au moins quinze minutes pour se rencontrer. Je l’ai déjà dit, nombre de mes collègues rencontrent les mêmes difficultés : une Métropole fermée et une gouvernance d’entonnoir. La Métropole, ses services, son territoire, ses forces vives sont une richesse, j’y crois. Nous avons de la chance d’être des Grands lyonnais mais aujourd’hui cette chance est un fardeau pour tous ceux qui ne sont pas parmi vos amis.

Vous comprendrez aisément qu’au vu de la PPI de Grigny et au vu de la prise en compte des intérêts de Grigny, je suis sceptique par rapport à cette délibération de 500 000 €. Toutefois, mes collègues m’ont dit qu’un logiciel à
500 000 € ce sera tout de même efficace mais je vous invite tout de même à investir dans un Google agenda, c’est gratuit, pratique et cela permet de prendre des rendez-vous facilement et de dialoguer, concerter et de
trouver des compromis.

Je vous remercie.

(Applaudissements).

Des investissements pour tous ?