Monsieur le Président, mes chers collègues, pendant la Commission générale qui précédait ce Conseil, chaque territoire de la Métropole a été en mesure de faire entendre sa voix. Les élus Les Républicains Georges Fenech, Michel Forissier, François-Noël Buffet, Agnès Gardon-Chemain ou Gilles Gascon mais aussi les élus d’autres Communes ont pu vous faire part des interrogations que ce déclassement induisait sur leurs territoires. La Métropole doit également entendre la voix des élus des territoires limitrophes, du Rhône, de l’Ain ou de l’Isère, pour qui ce déclassement n’est pas sans conséquence.

Le déclassement A6-A7 n’est pas aussi simple que ce que vous voulez bien nous faire croire et, à ce stade du dossier, les beaux visuels que vous avez pu présenter lors de la Commission générale tout à l’heure mais aussi au Conseil municipal de Lyon ou aux membres du groupe de travail infrastructures relèvent à nos yeux, pour partie, de la publicité mensongère.

Depuis quinze ans, monsieur Collomb, vous expliquez à qui veut l’entendre que le déclassement de l’A6-A7 ne saurait intervenir avant que les infrastructures de contournement de Lyon ne soient achevées. Je ne vous ferai pas l’affront de reprendre vos diverses déclarations. Pourtant, certaines le méritent. Je n’en retiendrai qu’une : en 2013, lors du débat public sur le TOP-Anneau des sciences à Saint Genis Laval, vous affirmiez que “l’Anneau des sciences est indispensable pour supprimer l’A6 et l’A7 et la circulation au cœur de nos villes”. Aujourd’hui, vous pensez le contraire ; ce n’est pas la première évolution de votre part, gageons que ce ne sera pas la dernière.

Vous avez mis beaucoup d’énergie, toute votre énergie, monsieur le Président, pour obtenir de vos amis socialistes ce décret de déclassement. Vous me permettrez d’avoir le regret de ne pas vous avoir vu mettre la même énergie pour faire avancer les infrastructures de contournement dont la réalisation aurait naturellement abouti au même résultat.

Et quand je dis que vous n’y avez pas mis de bonne volonté, je le prouve : en décembre 2000, plein d’enthousiasme, vous promettez la réalisation du tronçon ouest du périphérique enterré et gratuit. Une fois élu, les choses vont vite évoluer : dans un premier temps, vous abandonnez la gratuité, le poids de vos amis communistes s’émousse et, dans un second temps, vous renoncez à l’enterrer, vos amis écologistes ne sont pas à un renoncement près ! Vous non plus, monsieur le Président, puisque bien vite c’est le projet lui-même que vous enterrez.

N’ayant peur de rien, en 2003, trois ans après vos promesses, vous affirmez -je cite- :”Le TOP n’est pas d’actualité sous ce mandat” et, plutôt que de faire le ménage devant votre porte, vous accusez vos partenaires en reprochant au Conseil général de traîner les pieds ; Michèle Vullien ou Jean Luc Da Passano en parleraient bien mieux que moi.

Déjà soucieux de vous être agréable, le Conseil général, présidé par Michel Mercier, transfère alors la maîtrise d’ouvrage du tronçon ouest du périphérique au Grand Lyon. Depuis lors, vous avez toutes les cartes en mains. Il ne vous faudra pas moins de dix ans pour rebaptiser le TOP en “Anneau des sciences” et l’annoncer pour 2025. Aujourd’hui, c’est 2030 ; qu’elle est loin votre promesse électorale de 2001 ! D’ailleurs, si je résume les propos de monsieur Da Passano lors de la Commission générale, la Métropole n’est qu’un vaste embouteillage ; qu’avez- vous donc bien pu faire depuis quinze ans ?

Mais revenons au déclassement tel que vous nous le présentez aujourd’hui. Sortons de l’effet d’annonce, monsieur le Président, et parlons concret : le tunnel de Fourvière c’est 115 000 véhicules par jour dont 16 000 de transit direct. Vous nous annoncez, à terme, un trafic de 50 000 véhicules par jour, soit ! Pas un élu dans cette assemblée ne saurait être opposé à une telle perspective.

Pour autant et puisque vous avez fait le choix d’inverser le calendrier, il convient de donner à notre assemblée les moyens de se faire une opinion fondée de ce que vous lui proposez de mettre en place en répondant de façon claire et précise aux cinq questions suivantes. Si besoin est, monsieur le Président, j’anticipe votre réponse en vous indiquant que nous renvoyer aux études en cours ne saurait constituer une réponse claire et précise.

Premièrement, le SCOT 2030, rédigé sous votre responsabilité, dit précisément que le déclassement ne saurait être que la conséquence des aménagements indispensables à notre agglomération. Quelle valeur lui accordez-vous ?

Deuxièmement, vous annoncez un report des 15 000 véhicules en transit nord-sud empruntant Fourvière chaque jour sur l’A432. Quelles mesures comptez-vous prendre pour les y contraindre ? Envisagez-vous de rendre l’A432 gratuite et donc de remettre en cause la concession autoroutière ? A défaut, le report de trafic se fera de facto sur l’A46 dont vous écriviez, lors du débat public : “Cette dernière est aujourd’hui saturée de par la multiplicité des usages (dont 30 % de transit), ce qui est contraire à sa vocation, comme l’illustre son nom initial de rocade des villages”. Vous comprendrez donc sans mal l’inquiétude légitime des Communes de l’est.

Troisièmement, pour arriver à 50 000 véhicules par jour, il faut encore en faire disparaître 50 000, soit la moitié. Sur quel itinéraire envisagez-vous leur report ? Vous nous indiquez qu’il s’agirait de véhicules à destination des zones périphériques de la Métropole. Les axes structurants, la rocade A46 ou le boulevard périphérique Laurent Bonnevay, les entrées nord sur l’A6, sud sur l’A7 et est sur l’A43 et l’A42 sont déjà à l’heure actuelle saturés aux heures de pointe ; comment une quelconque surcharge peut-elle être raisonnablement envisagée ?

Quatrièmement, au-delà des déclarations d’intention à échéances 2020, 2025 et 2030 qui nous ont été présentées tout à l’heure, quand serez-vous en mesure de nous présenter un calendrier précis des aménagements envisagés dans les années à venir sur ce tronçon A6-A7 déclassé, phasés avec les aménagements envisagés sur les axes sur lesquels le trafic se reportera ?

Cinquièmement, enfin, quand serez-vous en mesure de nous présenter un plan précis des investissements correspondant à ces aménagements, tant au niveau du budget de la Métropole qu’au niveau des engagements d’autres financeurs, que ce soit l’Etat, les sociétés d’autoroute ou ceux qui voudront bien voler à votre secours ? En commission, un péage urbain entre Anse et Ternay a été annoncé par votre Vice-Président : pour qui, comment et pour combien ?

Vous le voyez, monsieur le Président, ce n’est pas aussi simple que ce que vous voulez nous faire croire. En nous proposant le classement du tronçon A6-A7 en route à grande circulation, objet de la délibération du jour, vous validez cet état de fait. Demain, sur le tronçon, aucun aménagement, aucun feu tricolore, aucune diminution de voirie, aucune piste cyclable ne saurait être envisagé sans l’accord de l’Etat qui, lui, n’a pas changé d’avis :

“La reprise en profondeur de l’axe, avec une réduction progressive de la capacité en lien avec le développement des transports en commun et la mise en place d’aménagements sur le reste du réseau national, ne pourra être envisagée qu’à moyen terme. En tout état de cause, le statut de route à grande circulation qui sera conféré à cet itinéraire lors de son intégration au domaine public routier métropolitain permettra à l’Etat de veiller à ce que les aménagements envisagés par la Métropole soient appréciés au regard de la fluidité des circulations.”

Ce n’est pas moi qui le dit, monsieur le Président, c’est le Secrétaire d’Etat aux transports, monsieur Vidalies, le 13 décembre dernier à l’Assemblée nationale, en réponse aux inquiétudes -j’oserai dire légitimes- du Député PS Erwann Binet. Vous voyez, monsieur le Président, le déclassement A6-A7, ce sont vos amis qui en parlent le mieux.

Nous avons la preuve, monsieur le Président, qu’une fois encore, vous préférez l’affichage au débat. C’est une méthode politique d’un autre temps. Les élus Républicains et apparentés ne vous signeront pas le chèque en blanc que certains sur ces bancs ne sauraient vous refuser.

Pour toutes ces raisons et en l’absence d’éléments concrets permettant un débat serein et objectif, et je pense notamment à un phasage précis et à une programmation financière claire, nous nous abstiendrons sur ce dossier.

Je vous remercie.

Déclassement des autoroutes A6/A7