Emmanuel Hamelin

Emmanuel HAMELIN
Conseiller municipal Lyon 4e
Conseiller métropolitain

Nous serons deux à intervenir sur ce dossier. Je laisserai la parole, à la fin de mon intervention, à mon collègue Gaël Petit.

Je vais présenter aujourd’hui cette intervention sur un dossier sur lequel nous nous sommes déjà opposés à de nombreuses reprises. Et notre position n’était pas tant sur le projet d’un pont mais plutôt sur la façon dont vous l’avez mené.

D’abord, sur le choix de son emplacement : à 700 mètres du pont Clemenceau et six kilomètres du pont de Collonges, on ne peut pas dire qu’il soit dans l’équilibre. D’autres solutions avaient été envisagées mais vous ne les avez pas retenues et vous portez maintenant la responsabilité de ce choix. Ensuite, vous avez choisi un emplacement qui met le pont non pas en face d’une avenue ni même d’une rue mais en face d’un immeuble sur la partie du quatrième arrondissement de Lyon ; c’est suffisamment rare pour être souligné et c’est rare parce que ce n’est pas cohérent.

Vous l’aurez compris, notre première critique va sur l’absence de cohérence de ce projet, et cela depuis son origine.

J’ai bien sûr entendu à de nombreuses reprises vos arguments, qui ont été développés d’ailleurs par d’autres collègues à l’instant : tout d’abord, celui de fluidifier la circulation qui venait du Val de Saône et de l’ouest lyonnais pour entrer dans la ville. Ce premier argument, qui devait justifier à lui seul la pertinence de ce pont, a malheureusement été largement démonté par l’étude d’impact réalisée à cet effet.

Que dit cette étude ? Effectivement, à cet endroit, c’est ici que l’on concentre le plus de trafic entre les neuvième et quatrième arrondissements, que le niveau de véhicules par jour sera identique côté neuvième arrondissement, sauf dans le quartier de la Gare d’eau où nous allons passer de 6 000 à 20 000 véhicules jour et que, sur la partie du quatrième arrondissement, il y aura une  augmentation de 15 à 20 % du nombre de véhicules par jour après la mise en service du pont.

Au final, ce ne sera pas mieux avec le  pont Schuman et probablement un peu moins bien, tant au niveau du trafic que des embouteillages. On peut donc légitimement se poser la question de l’utilité d’un tel investissement qui se monte aujourd’hui, avec cette délibération, à plus de 27 M€ pour un projet dont les études d’impact montrent qu’il n’apportera rien, sauf votre satisfaction personnelle d’avoir réalisé ici un bel et coûteux ouvrage.

Bien sûr, face aux nombreuses critiques, vous avez pour vous la concertation, cette fameuse concertation qui nous parle d’un projet de pont de quartier de moins de vingt mètres de large, qui nous parle d’aménagements de voirie. Rien à voir avec la réalité d’aujourd’hui : la concertation, en réalité, n’a jamais parlé d’un pont de 27 mètres de large, n’a jamais parlé de feux à chaque extrémité à trois  séquences, n’a jamais parlé des aménagements de voirie qui sont devenus aujourd’hui une source de grandes difficultés pour les riverains.

Mais vous avez aussi contre vous un recours au Tribunal administratif qui porte sur l’utilité publique de ce pont, qui a été déposé il y a presque trois ans par une association de riverains et qui n’est toujours pas jugé.

Là, comme sur d’autres dossiers, vous êtes passé en force, sans attendre le résultat et les décisions de justice qui à ce stade, vous le savez, n’auront que peu d’effets.

Je veux donc être aujourd’hui le porteur d’un message qui est celui des riverains du quartier Gillet-Masaryk, celui de ceux que vous  avez peut-être rencontrés mais que vous n’avez pas entendus.

Tout d’abord, côté quatrième, la culée du pont devait être plus large pour permettre aux voitures de commencer à tourner avant l’arrivée sur le quai ; ce n’est malheureusement pas le cas, ce qui oblige aujourd’hui de rapprocher la voirie avec les immeubles et cet aspect-là est cause de nombreux problèmes.

D’abord, la pollution : la même étude d’impact dont je parlais tout à l’heure estime que le seuil de 50 microgrammes par mètre cube sera dépassé pour les immeubles le long du quai Gillet ; mais également la pollution sonore : vous êtes encore au stade des  promesses avec des solutions de double vitrage, ce qui est largement insuffisant au regard du préjudice pour les riverains du quai Gillet où, depuis deux ans, rien encore n’a été réalisé. Là aussi j’entends vos arguments : de nombreux quais ou avenues dans notre ville sont confrontés à des difficultés similaires ; oui, ils le sont effectivement mais depuis le début et ceux qui y habitent le savent en connaissance de cause ; sur le quai Gillet, le rapprochement des voiries avec les nouveaux immeubles n’était pas prévu et crée là aussi un véritable préjudice pour les riverains.

Autre difficulté, dont nous avons également très souvent parlé, c’est le nombre de places de stationnement qui a diminué de moitié, pour des raisons que j’ai déjà évoquées avec, en plus, l’aménagement des berges de Saône. Passer de 150 places à 65 sur l’espace crée évidemment de graves difficultés pour les riverains mais aussi pour les rares commerces qui aujourd’hui n’ont plus de solution de stationnement pour leurs clients ; je sais que vous essayez de résoudre certains de leurs problèmes avec quelques zones de desserte ou de livraison mais, là aussi, c’est toujours au détriment du stationnement. Encore une fois, j’entends vos arguments : il suffit de s’éloigner un peu vers la rue d’Ypres par exemple, notamment pour trouver les solutions de stationnement. Cela, évidemment, n’est pas sérieux.

Pour finir, toujours et encore à cause du rapprochement des voiries avec les immeubles, il y a maintenant des problèmes de sécurité. Les riverains qui bénéficient de stationnement dans leurs immeubles n’ont aucune visibilité pour sortir de leur garage, ce qui rend leur manœuvre périlleuse mais aussi dangereuse. Également, avec la mise en service du tunnel modes doux, un nombre important de vélos arrive sur ces mêmes trottoirs, causant de nombreux problèmes, y compris avec les piétons.

Monsieur le Président, le pont Schuman est maintenant posé et installé sur ce quartier. Il n’est bien sûr plus question de revenir en arrière.

Notre demande est aujourd’hui simple : prenez en compte les problèmes engendrés par votre nouveau pont, écoutez les demandes légitimes des nombreux riverains et associations de riverains qui ont été trompés et qui attendent de vraies solutions à leurs problèmes de pollution, de stationnement et de sécurité !

Pour finir, je laisse maintenant la parole à mon collègue Gaël Petit.

Pont Schuman : son achèvement ne le rend pas plus cohérent