Intervention de Xavier ODO

(Seul le prononcé fait foi)


Monsieur le Président, mes chers collègues,

La photographie comptable de l’année 2019 a une couleur sépia, au regard des événements que nous avons connu. Mais les remarques que nous faisions lors du vote du budget restent d’actualité et finalement prennent plus de relief au regard de la crise.

Nous disions que nos recettes fiscales étaient fortement liées à la dynamique métropolitaine.

Le premier signe de cette dynamique est bien évidemment les DMTO. Elles progressent de 21M€ cette année encore.

Le second est la fiscalité sur les ménages qui progresse aussi avec l’évolution démographique sur la période 2015-2019, même si elle marque le pas en 2019. Nous constatons que la fiscalité des entreprises se tasse nettement sur le mandat. Tous ces chiffres sont bons, mais ils le sont sur une période de nette croissance métropolitaine.

Du coté des dépenses, les constats restent les mêmes que nous avions pu les faire lors du vote du budget.

  • Les dépenses de personnel progressent de 15 M€ pour représenter 18% du Budget.
  • Les dépenses sociales progressent de 18M€, pour s’installer dans un rythme de croisière de + 2,5% par an entre 2015 et aujourd’hui.
  • Les dépenses de fonctionnement sur cette même période restant au niveau des 2% d’augmentation par an. Mais là encore nous sommes sur une période, classique, de croissance en France et dans notre chère Métropole.
La question qui est posée aujourd’hui est bien différente que celle que nous aurions pu poser en début d’année si nous avions voté notre compte Administratif fin janvier.

En effet, en janvier nous aurions débattu, sur la beauté de notre compte, son excédent de 16 M€, notre capacité à investir ou encore notre faible dette, de notre bilan de la PPI en 2019, sur sa prévision 2020. Nous l’aurions fait en regardant les programmes des candidats.

Combien de lignes de métro, de pistes cyclables ou encore de nouveaux collèges ? Mais ce monde est loin.

Aujourd’hui, nous regardons ce compte administratif avec l’œil d’un pangolin, pardon à l’œil d’un expert victime collatérale d’un pangolin et qui se prépare à vivre une décroissance majeure dans les mois et les années qui viennent.

La crise économique mettra le futur exécutif dans la difficulté, il devra résoudre la quadrature du cercle pour que notre gestion reste dans un cercle vertueux imaginé par nos prédécesseurs.

Les rêves d’une PPI de 3, 5 Milliards sur le mandat s’envole, l’année 2020 qui devait être celle du rattrapage sera celle d’un arrêt brutal lié au confinement et à la crise sanitaire.

Demain la crise diminuera de manière conséquente nos recettes, d’un côté avec une baisse des DMTO parce que les ventes immobilières baisseront et de l’autre par la fiscalité des ménages et des entreprises parce que la crise apportera son lot de faillite et de chômeurs inévitablement.

Nous savons que nos recettes au cours des trois prochaines années seront lourdement impactées, de manière décalée, 150 M€ à 200 M€ au départ, puis près de 330 M€ avec une perte de 40% de la Contribution sur la Valeur Ajouté des Entreprises. 

Mais seront-elles cumulées à l’issue de cette période, et alors la perte pourrait être de l’ordre de 500 M€. Qui compensera ces recettes ?

Dans le même temps, avec un cycle décalé de deux ou trois ans, nous aurons une hausse des dépenses.

L’augmentation des prestations sociales, du RSA en particulier, quand les allocataires chômage seront en fin de droit. Dans quelle mesure se fera cette augmentation ?

Aujourd’hui les prestations sociales représentent un tiers de notre budget, si la hausse est majeure, nous serons comme tous les autres départements de France, incapable d’investir et nous aurons perdu l’ambition de la communauté urbaine.

Et si nous souhaitons maintenir un investissement conséquent, nous savons que nous devrons recourir à de nombreuses embauches de chefs de projet pour financer les 5, 5 milliards d’investissement que nous évoquions en janvier. L’effet ciseau sera là.

Le prochain exécutif sera devant un choix cornélien.

Soit il maintient son investissement et il creuse la dette, il augmente ainsi ses charges de fonctionnement par des intérêts plus forts et des allocations sociales plus élevées. La seule solution est alors l’augmentation massive des impôts pour compenser les pertes de la crise économique.

Soit il gèle les investissements, pour ne pas augmenter les charges et dans ce cas-là, la Métropole perd sa fonction première d’être une collectivité d’investissement.

En janvier nous rêvions de nombreux kilomètres de métro, aujourd’hui nous sommes menacés par une forte hausse des impôts. Le monde change vite, nous vivons dans une période où les vérités sont éphémères.  Le prochain exécutif devra être pragmatique, tout terrain, laissant de côté les dogmes et les politiques théoriques, car dans tous les cas il devra préparer l’avenir dans une période de crise.

Compte administratif 2019