Monsieur le Président, l’urgence ayant été acceptée par notre assemblée malgré notre opposition, nous voici donc contraints d’examiner votre proposition de création d’un fonds de dotation pour la Cité internationale de la gastronomie. Je dis « contraints » car l’utilisation de la procédure d’urgence -nous l’avons vu longuement- n’a pas permis à ce dossier d’être examiné en commission, ce que nous regrettons, de nombreuses zones floues restant à éclaircir.

A ce titre, vous nous donnez d’ailleurs raison quand, ce matin, en Commission permanente, vous avez jugé utile de briefer votre majorité sur ce dossier. Il est dommage que vous ayez réservé vos explications à une assemblée à la composition peu représentative de notre collectivité. Une fois encore, votre mode de gouvernance laisse à désirer.

Par la création d’un fonds de dotation, vous nous proposez aujourd’hui d’avoir recours à un véhicule juridique efficace et créé, il faut le rappeler, en 2008 par la loi de modernisation de l’économie que portait Christine Lagarde, Ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi.

Régulièrement, dans cette enceinte, vous cherchez à justifier des choix contestables en nous expliquant que Marseille ou Bordeaux, bien que gérées par la droite, ne font pas mieux. Aujourd’hui, c’est moi -mais vous l’avez fait il y a quelques instants- qui vais prendre la Ville de Bordeaux en exemple. En effet, à Bordeaux, ce ne sont pas moins de 15 M€ qui ont été apportés par 80 entreprises mécènes au financement de la Cité du vin. A côté, vos 11 M€ paraissent, comme votre projet, bien modestes ! Bien modestes car aujourd’hui, avec 3 600 mètres carrés, la Cité de la gastronomie de Lyon sera loin, très loin, du projet qu’elle aurait pu, qu’elle aurait dû être.

Sans vouloir remuer quelques vieux souvenirs, il faut tout de même rappeler que si vous aviez en temps et en heure « mouillé la chemise » pour défendre ce dossier, il n’aurait pas pu échapper à la Ville de Lyon. Vous n’avez pas jugé utile de le faire, péchant certainement par excès d’assurance. En effet, qui en France aurait pu imaginer implanter la Cité de la gastronomie ailleurs qu’à Lyon ? Vous imaginiez cela impossible. Un Gouvernement socialiste l’a fait, cherchant comme toujours -on ne se refait pas- une synthèse impossible et ne désignant alors pas moins de quatre lauréats.

Vous nous aviez d’ailleurs, monsieur le Président, gratifiés alors d’une colère dont vous seul avez le secret. Le Président de la Mission française du patrimoine et des cultures alimentaires s’en souvient certainement, puisque vous l’aviez alors qualifié « d’abruti de première », lui promettant un retour à Paris par le premier TGV avec -je vous cite encore- « du goudron et des plumes ».

Mais les choses étant ce qu’elles sont, il faudra s’en contenter, même si la délibération qui nous est soumise suscite nombre d’interrogations :
interrogations, tout d’abord, sur les fondateurs : alors que le projet lyonnais se veut axé sur la thématique gastronomie et santé, il n’est pas indiqué la présence de représentants de ce secteur d’activité ; certains ont peut-être été approchés pour intégrer le Conseil d’administration. C’est une précision qui aurait pu nous être apportée en Commission ;
interrogations, ensuite, sur le montage choisi : acte 1, vous signez en tant que Président des HCL un bail emphytéotique à construction avec Eiffage ; acte 2, ledit bail est transféré en juin 2015 à Predica, filiale du Crédit agricole, pour quelques 250 M€, si l’on en croit les chiffres sortis dans la presse ; acte 3, la Métropole rachète 3 600 mètres carrés -et non 3 900, comme l’indique le dossier de presse du grand Hôtel-Dieu- et les aménage, le tout non pour 15 M€ comme on pouvait le croire jusqu’à ce matin mais pour 19 M€ comme vous l’avez indiqué en Commission permanente. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? A ce titre, il eût été pour le moins intéressant que nous soit communiqué le projet de bail qui va demain lier la Métropole au Crédit Agricole ;
interrogations, enfin, sur les engagements financiers : nous n’avons, à cette heure, aucune précision ni sur le budget d’achat, ni sur celui des travaux d’aménagement, ni sur le budget prévisionnel de fonctionnement.

Malgré tout cela -et comme je l’ai dit en préambule-, la création de ce fonds de dotation est une bonne chose et nous l’approuverons. Pour autant, il serait souhaitable -mais je crois que là-dessus, nous rejoignons l’avis de nombre de nos collègues- que, dans la perspective de délibérations ultérieures, vous nous apportiez un certain nombre d’éclaircissements sur le projet.

Je vous remercie.

Cité de la gastronomie