Monsieur le Président, mes chers collègues,

Ce rapport traite du boulevard périphérique nord de Lyon. C’est l’occasion d’évoquer, au-delà de cet équipement précis, la thématique de la mobilité dans notre Métropole. La mobilité au sens large et notre rôle d’élus.

Les évènements nationaux en cours, illustrent le décalage énorme qu’il peut exister entre les orientations politiques qui faut prendre en conscience sur la base de constats d’experts, et la réalité de l’acceptation et de la mise en place par la population de ces orientations politiques.

Depuis plusieurs dizaines d’année, il est un dogme, inscrit dans la loi : il faut réduire la place de la voiture en ville. Et pourquoi ? Parce qu’elle pollue, elle prend de l’espace public, et qu’elle consomme beaucoup trop d’énergie pour déplacer quelques personnes. Cela est-il vrai ? Oui sans aucun doute.

Quelles solutions ? La plus simple : favoriser les déplacements en transport en commun et organiser un report modal vers des déplacements vertueux écologiquement et sanitairement.

Comment faire cela : développer des plans de déplacement urbains afin de contraindre notre mobilité et orienter notre urbanisme dans cette voie, en imposant aux PLU et PLUH de s’appuyer sur les PDU. Simple, efficace, pragmatique…

Seulement voilà entre la théorique et la pratique, entre la recherche en laboratoire et la réalité du terrain, et il y a les facteurs externes et intrants environnementaux qui faussent les prévisions, voire même qui ne permettent pas d’obtenir les résultats prévus … et dans notre cas, ces facteurs externes, ce sont tout simplement … les gens.

Depuis plusieurs années, les collectivités développent cette transition de mobilité mais comment ? Dans quelle concertation ?

On s’aperçoit aujourd’hui que ce qu’il faudrait faire ne correspond pas à ce que veulent les habitants. Nous sommes dans l’imposition, dans l’obligation.  Jusqu’à maintenant, la voiture était synonyme de pollution, et la justification sanitaire était suffisante pour mettre en œuvre cette réduction de son usage.

Il y a deux ans, Monsieur l’ex-président de la Métropole, nous vous posions déjà la question de quelle pourrait être la place de la voiture en ville quand celle-ci deviendrait non polluante. Nous vous interpellions sur les modifications structurelles fortes de la ville, et qu’il fallait être prudent sur une éventuelle stratégie pro automobile.

J’ai bien écouté notre président de la république lors de son discours sur la transition énergétique. Nous ne pouvons que partager le constat actuel. Oui, il est absolument nécessaire de retrouver notre indépendance énergétique. Oui il faut retrouver une indépendance géopolitique envers des pays pour lesquels nous sommes des, vous m’excuserez l’expression, des vaches à lait. Les récentes décisions de l’OPEP sont là pour nous le rappeler. Si encore, ce financement donnait à des pays la possibilité de réduire la misère, mais, malheureusement nous finançons du transport aérien et des mégalomanes qui vont même jusqu’à climatiser des stades en plein désert.

Dans son discours, Emmanuel Macron à dit, le cite : « en même temps, nous pensons que, oui, la voiture a un avenir en France. »

Bien évidemment, ce n’est pas ce soir que les solutions vont sortir du chapeau, elles sont complexes, Mais ce soir, sur ces sujets de mobilité, chers collègues, je souhaiterai faire un appel. Un appel aux échanges et à la discussion. Nous sommes tous des élus locaux, de terrain, à l’écoute de nos habitants, de leur préoccupation. Nous ne pouvons plus nous cantonner à relayer les avis des experts.

La loi sur les mobilités a été présentée la semaine dernière en conseil des ministres après une très large concertation nous a-t-on dit. Combien d’entre vous ont pu prendre part à ces échanges ? Aucun débat sur le sujet dans cet hémicycle. Pa plus au Sytral.

Chers collègues, tous avec vos différences, vous évoquez le poids de la technostructure de notre métropole et de certains de ces satellites. Que les élus n’ont plus leur mot à dire. Des choix majeurs sont en train de s’opérer sur notre métropole sur ces sujets de mobilité, avec des conséquences financières sur le très long terme.

Deux exemples : Le métro E, 4 stations pour plus d’un milliard et demi, et l’anneau des sciences, plus de 3 milliards.

Ces deux exemples à eux seuls limiteraient tout autre investissement d’ampleur. Comment financer donc les actions nécessaires à la modification de la mobilité.

Le Sytral vient de présenter aux élus de l’Est un diagnostic et une prospective sur les déplacements de leur secteur de la métropole. L’équation est assez simple : d’ici 2035, plus 100 000 habitants, mais plus de la moitié des personnes qui devront se déplacer hors de leur secteur de résidence.

L’étude montre également une réflexion sur les transports en commun basée sur des corridors entre la périphérie et le centre de l’agglo. Le vieux modèle en étoile. Donc une fois de plus, une stratégie qui là encore la voiture doit avoir sa place.

Chers collègues, nous aurions pu débattre du péage urbain et des financements associés, mais le gouvernement a enterré ce sujet.

Notre stratégie anti-voiture, n’est plus tenable dans les villes périphériques de l’agglo. Tous les maires vous le diront. Il n’est pas en jour ou des habitants viennent nous faire remonter le manque de stationnement, même pour aller prendre les transports en commun.

D’ailleurs, depuis 3 ans, je demande, oralement, formellement par écrit, en tant que Maire depuis peu, en tant que Vice-président du Sytral, une ouverture du parking des pannettes comme parc relais. Pas un courrier de réponse, pas de retour, à peine quelques informations glanées entre deux portes des techniciens du Sytral.

Ma collègue de Décines rencontre les mêmes difficultés, avec la desserte du site du grand montout. Rilleux, Saint-Germain, Saint-Priest idem

Notre collègue Gourjeon vous interpellez récemment sur la transformation du sytral de syndicat en établissement public. Il est tout bonnement incroyable que la transformation de cet outil, ce bras armé de la mobilité, n’est pas fait l’objet de débats ici. Monsieur le président vous héritez d’une métropole ou la concentration de la décision a été la norme et l’obéissance la forme.

Vous souhaitez vous démarquer, l’atavisme semble refoulé. C’est le moment. Sur ces sujets de mobilités écoutez les maires et comprenez qu’ils seront toujours ceux qui vous donnerons le juste retour des habitants et surtout les seuls qui pourront définir la limite d’acceptabilité de nos politiques de déplacements.

Christophe Quiniou – Mobilités