Intervention de Chantal CRESPY lors du conseil de la Métropole de Lyon du 13 mai 2019 à propos de la convention avec l’ARTAG au sujet des gens du voyage

Monsieur le Président,
 
Revoilà le rapport sur le financement de l’association ARTAG que vous aviez suspendu il y a quelques mois par peur d’un vote négatif et qui nous revient aujourd’hui sans vraiment nous convaincre.
 
En effet, nous ne pouvons que nous féliciter que notre pays soit un des rares en Europe de s’être doté d’une législation permettant aux gens du voyage d’obtenir des droits pour être accueillis dans le respect de leur choix de vie. Encore trop souvent, ces populations font l’objet de discriminations et de rejets fondés sur des présupposés quand ce n’est pas simplement sur du racisme.
 
Pour assurer cet accueil nos communes ont accompagné l’implantation des aires, accueilli les populations, ouverts leurs écoles, mis en place des accompagnements sociaux, etc.
 
Le but de ces engagements est de fonder un équilibre social entre les populations sédentaires de nos communes et ces habitants occasionnels. C’est le but commun que nous devons poursuivre. Dans le même temps, il ne faut pas avoir de vision idyllique ou encore laisser penser que cet équilibre a été trouvé.
 
Il ne l’est pas, et pour y parvenir, nous devrions pouvoir nous appuyer sur l’association ARTAG qui est chargée par la Métropole d’assurer les missions de suivi des gens du voyage sur notre territoire. Nous sommes nombreux ici à avoir exprimé notre déception sur le travail de l’ARTAG, mais plus encore ce sont ses positions sur son rôle de protection des droits que nous ne pouvons pas accepter.
 
Je vous citerai 3 exemples très concrets :
 

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Nous constatons et ce depuis plusieurs années que de nombreux enfants membres des communautés du voyage ne bénéficient pas d’une scolarisation pourtant obligatoire et qui est indispensable pour pouvoir s’intégrer socialement et professionnellement plus tard. Nous alertons régulièrement sur ces manquements au signalement des enfants non scolarisés. Mais comment les maires pourraient en être informés quand les services de l’ARTAG refusent de nous transmettre le nombre d’enfants par famille et leurs noms au motif, je cite : « de ne pas faire de  la délation » ? À quoi sert l’ARTAG si elle refuse d’aider à la scolarisation des enfants.
 

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Nous constatons et ce depuis plusieurs années que de nombreuses femmes et des personnes en situation de handicap n’ont pas accès aux mêmes droits que les hommes. Qu’il s’agisse de l’éducation, de l’autonomie de gestion, même du choix de son partenaire. L’explication fréquemment avancée est que l’organisation familiale serait fondée sur une autre culture que la culture républicaine française. La Métropole de Lyon peut-elle accepter qu’il y ait une exception culturelle au droit des femmes ? Là encore, l’ARTAG n’assure pas sa mission de protection des droits.
 
La vie sur les aires est parfois émaillée de problèmes de salubrité, de sécurité, de non-respect  des équipements comme cela peut aussi arriver dans d’autres quartier. Mais nous constatons que l’ARTAG ne joue pas son rôle de pacification des aires. Chaque maire ici présent aurait son histoire ou son anecdote à raconter sur l’absence d’accompagnement pour assurer l’ordre public.
 
C’est pourquoi, en commission lors de l’étude de ce rapport, nous souhaitions proposer des modifications à la convention, la présidente nous a indiqué que vous n’accepteriez aucun amendement car la convention était déjà actée avec l’ARTAG.
 
Monsieur le Président, en votant une subvention sans exiger le respect des droits fondamentaux, nous fermons les yeux sur des situations humainement inacceptables. Nous ne pouvons pas être solidaires d’une telle négation des droits.
 
C’est pourquoi nous ne voterons pas ce rapport en l’état. Cependant nous vous proposons un amendement pour compléter les obligations de l’ARTAG. Dans le cas où vous l’accepteriez, ce dont Monsieur le Président nous ne doutons pas, nous voterons favorablement.
Chantal CRESPY – Gens du voyage