Intervention d’Alexandre Vincendet lors du conseil de la Métropole de Lyon du 27 avril 2018 à propos de la fin programmée du plan 3A

Si la convention de partenariat avec l’Agence Nationale de l’Habitat semble pertinente pour venir en aide aux copropriétés les plus fragiles, il apparaît qu’elle ne poursuivra pas les mêmes objectifs que le Plan 3A que la Métropole s’apprête à arrêter.

Le Plan 3A est un dispositif visant à aider les ménages à revenus modestes et moyens à devenir propriétaires d’un appartement neuf dans la Métropole. Il s’applique aussi bien aux logements collectifs qu’aux logements individuels groupés développés dans les ZAC métropolitaines.

Ce Plan repose sur deux actions. D’une part, la Métropole verse une prime de 2000 à 4000 euros à l’acquéreur en fonction de ses revenus, de sa situation familiale et du prix au mètre carré du bien. De l’autre, la collectivité encourage le développement de logements à prix abordable en apportant un label PLAN 3A aux opérations qui respectent des prix de vente plafonnés.

Enfin, pour accompagner cet effet, certaines communes viennent compléter ces aides en versant à leur tour des primes substantielles.

Ainsi, à Rillieux-la-Pape, notre contribution peut atteindre les 5000 euros, à St-Priest elle est de 4000.

Le succès de ce programme est impressionnant. En seulement 2 mois, 34 primes ont été sollicitées à Saint-Priest et 77 ont été attribuées à Rillieux.

Les bénéficiaires sont souvent des personnes seules ou de jeunes couples aux revenus modestes avec un apport relativement faible. Les promoteurs reconnaissent que cette prime est une réelle aide à l’accession.

Alors, pourquoi mettre fin à un tel programme et laisser les communes assurer seules la poursuite de ce dispositif quand il est de la responsabilité de la Métropole de veiller au maintien d’une certaine mixité sociale sur son territoire ?

Car oui, c’est bien de mixité dont il s’agit.

La Métropolisation est un fait et il appartient aux responsables politiques qu’elle profite à tous. C’est une chance en effet pour nos territoires de faire partie intégrante d’une des plus importantes Métropoles de France. C’est une chance de pouvoir bénéficier de toutes ces synergies.

Mais, sans l’intervention des politiques, la Métropolisation devient gentrification. La croissance constante des prix de l’immobilier dans les Métropoles exclut peu à peu les classes moyennes et populaires. Cette migration immobilière se réfugie dans les périphéries, laissant les classes plus aisées profiter des avantages de la métropolisation.

Une étude statistique immobilière publiée en 2018 par les Notaires de France met en évidence ce phénomène dans les 17 métropoles de province. De 11ème Métropole la plus chère en 1997, Lyon est passé en 3ème position.

Si rien n’est fait, peu à peu, la Métropole de Lyon deviendra une citadelle imprenable, une ville réservée aux classes les plus favorisées et aux quelques bénéficiaires du parc social qui occuperont les postes à faible qualification qu’une ville-état exige. Une ville qui fera tout pour dissuader les habitants de sa périphérie, relégués au rang de « métropolitains de 2nde zone », de s’y rendre en voiture. Capitale de la soie, Lyon deviendra alors la ville de l’entre soi.

Ici, c’est la Métropole de Lyon. Pas la Métropole de Paris. La colline qui prie vit avec la colline qui travaille.

Vous me direz que cette ségrégation immobilière est inacceptable pour une Métropole qui vante pourtant et partout son ouverture au monde. Alors pourquoi se priver du Plan 3A, sans réelle solution de remplacement ?

Avec cette suppression, vous refusez l’accès à la propriété et au droit de vivre ensemble dans cette Métropole aux populations modestes.

Je pense que nous avons tous à cœur de combattre la grande fragmentation territoriale qui morcelle peu à peu notre pays, notre République, que nous devons, en tant qu’élus, garder une et indivisible.

Alexandre Vincendet intervient sur la fin programmée du plan 3A