Monsieur le Président, mes chers collègues,

L’observatoire pour la surveillance et l’information sur la qualité de l’air en Auvergne Rhône-Alpes (ATMO) a une importance toute particulière. Il est utile et nécessaire de se doter d’outils pour mener une politique efficace de lutte contre la pollution et le changement climatique.

Nous la soutiendrons d’autant plus que cet organisme dont la compétence n’est pas remise en cause, aurait pu nous être très utile dans le débat démocratique de notre Assemblée, si toutefois vous aviez souhaité un vrai débat démocratique.

Nous évoquerons ici deux exemples.

D’abord la mise en place de la zone à faible émission. Nous approuvons le principe de la mise en place de telles zones qui peuvent en partie répondre à l’urgence de réduction de la pollution de l’air, particulièrement dans la quinzaine de territoires visés par le contentieux européen sur les particules fines (PM10) et le dioxyde d’azote (NO2).

En revanche, on ne peut que s’étonner de la méthode utilisée pour définir le contour de cette zone sur la Métropole de Lyon.

On peut s’interroger sur la limitation de cette ZFE à 5 communes. Pourquoi ces 5 ? Les autres qui sont limitrophes ne sont donc pas polluées ? C’est surement que la pollution connait les limites administratives et donc qu’elle sait qu’elle doit s’arrêter aux panneaux communaux !

Et encore quand on dit 5 communes, certaines ne sont concernées que partiellement. C’est d’ailleurs ce qui a amené la commune de Caluire-et-Cuire à donner un avis défavorable au découpage.

Plus étrange encore, la Ville de Lyon donne un avis favorable mais elle impose des réserves à la Métropole. On a bien compris aujourd’hui, Monsieur le Président, que vous êtes majoritaire à la Métropole et pas à la ville de Lyon, mais toutefois que les mêmes élus votent ici sans réserve et avec réserve dans leur ville, on peut s’interroger sur l’engagement réel en faveur du développement durable.

Pour autant, les réserves émises sont tout à fait légitimes s’agissant d’être associé à la stratégie d’éloignement du trafic de transit de l’agglomération, d’un suivi et d’une évaluation associant les communes dès la conception du dispositif et enfin d’une discussion avec la Métropole de la mobilisation des forces de police municipale pour le contrôle de la ZFE.

Car aujourd’hui on est bien en peine d’avoir les éléments utiles pour prendre une position éclairée.

Il en est exactement de même avec la limitation du boulevard périphérique á 70 km/h. Là encore, il n’est pas question sur ce rapport d’aborder le fondement de votre choix puisque vous avez préféré la communication politique au débat démocratique.

Vous annoncez ce choix à la presse, sans même avoir ouvert le débat dans notre instance représentative. Les élus locaux sont donc trop bêtes à votre goût. Car vous pensez certainement comme M. Grivaux le porte-parole du Gouvernement que vous soutenez, que les gens qui clopent et qui roulent en diesel sont les parias de notre société.

Qui va être pénalisé au quotidien? Les habitants des communes les moins bien desservies par les transports en commun! Autrement dit, ceux qui sont déjà pénalisés car ils n’ont pas les moyens d’habiter en centre-ville de Lyon.

Il semble me souvenir qu’un ancien Ministre du Gouvernement actuel avait brandi son “joker” sur la limitation á 80 km/h sur les routes nationales estimant sans doute qu’une nouvelle fois, ce sont les populations qui n’avaient guère le choix qui allaient être pénalisées. J’aimais bien ces propos courageux.

On aimerait tellement que cet ancien Ministre, sur la question des 70 km/h du boulevard périphérique brandisse aussi son joker… Ce serait plus cohérent et montrerait qu’enfin, ici, certains comprennent que nos concitoyens les plus vulnérables, ceux qui n’ont pas la chance d’habiter au bon endroit, ont parfois fort légitimement l’impression d’être pris pour des pigeons.

Par ces décisions dogmatiques, prises sans concertation et sans pédagogie, vous accentuez le sentiment d’une partie de la population d’être en permanence mise à contribution sur le sujet du développement durable, de devoir se serrer la ceinture continuellement.

C’est aussi le sentiment d’une fiscalité écologique qui devient confiscatoire, alors même que son produit ne va pas systématiquement à la lutte contre le réchauffement climatique mais est versée directement et indistinctement au budget de la nation.

Autant dire qu’en terme de pédagogie, l’écologie pourrait sans doute faire quelques efforts pour être davantage acceptée, et c’est justement vers cette écologie de responsabilité que nous souhaitons agir. Nous regrettons que ce ne soit pas votre choix.

Je vous remercie.

Agnès GARDON-CHEMAIN – ZFE & Périphérique à 70 km/h