Monsieur le Président, Mes chers collègues,
 
Depuis trois ans déjà, dans cette enceinte certains élus font part d’une analyse concordante. Le maire de Saint-Priest expliquait : « Cela fait des décennies que l’on connait le problème de la traversée de Lyon par l’A6 A7 et alors que l’on avait le loisir de préparer les transferts de flux par un plan sérieux, concerté, organisé et planifié on décide de faire les choses à l’envers : déclasser maintenant et gérer plus tard la mise en œuvre des infrastructures nécessaires pour accompagner le déclassement […] Aucun dispositif sérieux d’accompagnement ne sera mis en œuvre en matière de contournement avant 2025 et l’on utilisera de fait le réseau existant quasi tel quel avec toutes les difficultés qu’il rencontre déjà ».
 
Le maire de Francheville s’inquiétait : « l’annonce du déclassement n’est pas accompagné de solutions alternatives. Comment allez-vous réussir le tour de magie d’une évaporation soudaine de plusieurs dizaines de milliers de véhicules par jours sous le tunnel de Fourvière ? »
 
De même Michel FORISSIER poursuivait « le déclassement d’un voie autoroutière en nationale risque de ne pas changer grand-chose si nous ne sommes pas en mesure de mettre en place des solutions d’acheminement des flux qui seront détournés. »
 
Ces constats qui pouvaient sembler sévères voilà trois ans se trouvent actuellement non seulement vérifiés mais aggravés. Alors que notre groupe n’a cessé de déplorer sur ce dossier un manque d’anticipation, de prospectives, de vision d’ensemble du territoire, tant sur les aspects techniques que financiers et calendaires nous constatons que depuis l’annonce ce manque d’anticipation perdure.
 
Gérard Collomb avait toujours conditionné le déclassement à la création préalable du contournement ouest de Lyon. C’est d’ailleurs inscrit dans le SCOT. Mais face à son incapacité politique à le réaliser, il a annoncé par surprise qu’il renonçait à ce contournement.
 
Alors que le bouclage de l’anneau des sciences apparaît lui aussi comme indispensable pour absorber les conséquences du déclassement, vous avez émis des doutes sur l’opportunité de sa réalisation. Vous oubliez votre engagement devant les Maires de l’Ouest lyonnais à Tassin lors de la présentation du projet de métro E où l’Anneau des Sciences n’était alors en rien remis en cause.
 
Cela démontre que ce déclassement sera mis en œuvre sans avoir sérieusement étudié ses conséquences. Christophe QUINIOU nous expliquait voilà un an : « pour faire simple, attendons que les problèmes se posent, observons les, quantifions les et après nous trouverons des solutions. Ce mode de fonctionnement diagnostic date du siècle passé. Nous avons largement les capacités techniques pour travailler désormais en mode prospectif. Il faut que les conséquences du déclassement soient traitées dans le même phasage que le déclassement lui-même. ».
 
Vous auriez pu vous rattraper en proposant une réelle ambition pour accompagner ce déclassement. Hélas, dans la délibération que vous nous soumettez il n’y a que des mesures bien légères.
 
On ne peut que se satisfaire des travaux prévus pour les 2 km de quais situés dans le quartier Confluences. Pour cela, plus de 5, 5 millions d’ € sont budgétés, une fort belle somme pour 2 km de voies ! Nous espérons que vous déciderez de consacrer le même ratio financier pour l’aménagement des voiries situés sur les autres communes.
 
Au nord comme au sud, des aménagements paysagers ponctuels en entrée de périmètre à Limonest et Pierre Bénite ainsi que la réduction de la largeur des voies sur les 16 km. Certes cela ralenti la circulation, mais si aucune solution de substitution n’est offerte aux usagers de ces voies pour se rendre sur leurs lieux de travail, cela ne fera qu’aggraver l’embolie.
 
Sur l’ex A7, la voie destinée aux modes doux s’avère être la reprise de la via Rhona. La Métropole ne réalisera le tronçon de Pierre-Bénite qu’en 2025-2030 ! Sur la M6 l’axe restera trop fréquenté pour accueillir une piste cyclable, puisque manifestement 80 000 véhicules jours circuleront encore sur cette voie en amont de l’anneau des sciences à l’issue du processus de déclassement !
 
Les seules pistes cyclables envisagées actuellement sont celles initialement prévues dans le PAMA, qui ne tenait pas compte du déclassement, route de Paris à Tassin et rue Lanesan à Champagne. Est-ce que cela va réduire notablement le trafic routier, cela restera à la marge.
 
Au sud, la ligne express au départ d’Yvours n’aura pas d’arrêt sur Oullins et Pierre Bénite !
Au nord il s’agit ni plus ni moins de la transformation de l’actuelle ligne 6 desservant TECHLID, donc cette ligne n’est pas pensée pour les habitants du territoire. Les usagers se rendant à TECHLID à partir de Lyon étant en sens inverse du flux principal pendulaire, cela n’améliorera que peu le problème des bouchons.
 
Et le projet ne prévoit toujours qu’un « tout petit riquiqui » parc relai à Limonest qui même doublé sera notoirement insuffisant.
 
Ainsi, à titre d’exemple, pour ma commune dont un tiers des habitants réside en proximité immédiate de la voie de la M6 ( selon les critères de la préfecture) il n’y a pas de changement notable, … si ce n’est un changement de nom et le passage à 70 km/h.
 
Les mesures actuellement programmées vous paraissent-elles raisonnablement susceptibles de permettre de baisser le trafic supérieur à 125 000 jours au Pérollier ?
 
C’est pourquoi nous déplorons un manque de vision d’ensemble et une politique de transports en communs à la mesure des ambitions de développement de la Métropole seuls capables de résoudre la difficile équation des problèmes de déplacements et de préservation de l’environnement.
 
Quid du rail, de la ligne St Paul Lozanne, grande oubliée du projet du nœud ferroviaire lyonnais. On ne peut vouloir que les personnes laissent leurs véhicules sans leur offrir d’alternative.
 
Quid du transport des matières dangereuses dont Monsieur le préfet AUBRY s’inquiétait lors d’une récente rencontre avec la Maire de Francheville, Michel RANTONNET et des convois exceptionnels dont Pascal CHARMOT, Maire de Tassin, rappelle régulièrement les nuisances en cœur de ville.
 
En un mot comme en cent, nous vous répétons depuis le début qu’un dossier aussi important nécessite ambition, clarté, volonté. Les petits aménagements et les changements nom en M6 et M7… ne sont pas suffisants pour un projet aux conséquences si importantes pour le rayonnement et le développement de notre Métropole, pour préserver l’environnement et pour le bien être des habitants de toutes nos communes.
 
A moins que la seule réelle ambition de ce déclassement soit de permettre de terminer de construire le quartier de Confluence sur la rive du Rhône.
Agnès GARDON-CHEMAIN – A6 A7