Monsieur le Président et chers collègues, voici l’aboutissement d’une longue procédure administrative qui en dit trop sur les pratiques politiques locales et qui n’en dit pas assez sur votre vision du développement territorial.

D’abord, je rappelle que tout est parti de la volonté de l’Etat d’assurer la cession de 60 % de ses parts dans l’aéroport Lyon Saint-Exupéry. Cette cession ne répondait pas à une vision concertée du développement territorial mais à une recherche de recettes financières, dont acte. Autant dire que la privatisation de cet aéroport ne répondait pas à une volonté d’apporter les leviers utiles à un accroissement de l’économie et du tourisme local.

A cette fin, le gouvernement a initié un processus de consultation en direction de potentiels repreneurs. L’Etat a alors marqué sa volonté d’associer les acteurs locaux au processus de choix des candidats. Mais, au moment réel du choix du candidat, la concertation locale a laissé place à une entente politique entre le Ministre de l’économie et vous-même, monsieur le Président. Dois-je rappeler que ce Ministre n’était autre qu’Emmanuel Macron à l’époque ?

La désignation du groupe Vinci apporte un avantage, ce n’est pas un groupe étranger qui détient le capital mais, pour autant, les entreprises locales n’ont pas l’impression d’avoir eu les mêmes chances. Quant à la rétrocession du capital par Vinci qui aurait été une piste permettant de garantir une représentation locale, le niveau de 9 % ne fut pas suffisant pour apporter des moyens d’action aux entreprises.

Cette situation est aujourd’hui définitive et vous nous demandez donc d’approuver la nouvelle gouvernance. On est dans la seringue et on ne peut que voter favorablement à ce rapport, sinon à laisser croire que l’on refuse que la Métropole soit représentée. D’ailleurs, le vote de ce jour -soyons honnêtes- est une formalité. Comme à votre habitude, le Conseil métropolitain arrive pour avaliser des décisions sur lesquelles vous avez refusé tout débat pendant la période de négociation, sous couvert de la fameuse obligation de confidentialité.

D’ailleurs, cette clause de confidentialité, vous l’appliquez plus volontiers aux élus communaux que nous sommes qu’aux journalistes puisque nous pouvons souvent apprendre avec intérêt l’avancée des projets métropolitains soumis à notre vote dans les publications locales. Je rappelle, dans cette enceinte, que notre groupe avait pourtant demandé deux fois à ouvrir le débat sur cette infrastructure, lors du Conseil du 2 novembre 2015 et par une question orale du 30 mai 2016.

Mais ce vote d’aujourd’hui, monsieur le Président, ce n’est pas que la forme qui pose problème. Vous ne pouvez tout de même pas décemment venir jouer les grands stratèges en expliquant que vous avez gagné de haute lutte un poste au sein du conseil de surveillance. Cet aéroport n’a jamais été pour vous une priorité et la délibération actuelle ne peut que nous conforter dans cette opinion. On va siéger ; et après ? Quelle stratégie mettre en œuvre ? Aucune, et vous le savez très bien.

Aucune discussion en amont de la création de la Métropole pour intégrer cet outil majeur du rayonnement de notre territoire car il avait l’inconvénient d’être sur un territoire dont l’intégration fragilisait l’équilibre politique qui vous assurait à l’époque une majorité.

Aucune vision de coordination des politiques publiques. Vous avez maltraité l’aéroport en empêchant son développement, en expliquant que l’augmentation du tertiaire nuirait à Lyon et particulièrement au projet du quartier Part-Dieu. On peut vous reconnaître une certaine honnêteté mais pas vraiment une vision équilibrée du développement de notre territoire.

Aucune assurance que l’aéroport de Lyon pourra augmenter plus rapidement son offre de transport alors même que le nouvel actionnaire majoritaire réfléchit à un équilibre entre Paris et Lyon et que c’est justement cette contrainte imposée par Air France qui a eu pour effet de limiter le rayonnement de Saint-Exupéry, alors que la privatisation devait nous redonner un espoir.

Aucune garantie que les investissements nécessaires à ce développement seront prévus. Pourrait-on parler de la mise en conformité de l’aéroport pour permettre à tout aéronef de catégorie F d’opérer sans restriction, et notamment les A 380 afin de satisfaire la demande de certaines compagnies ? Le budget extension de capacité pour 2016 était de 74,1 M€, le prévisionnel 2017 sera de 52,3 M€.

Monsieur le Président, mes chers collègues, vous l’aurez compris, ce n’est pas par cette délibération qui enverra l’exécutif siéger au conseil de surveillance de l’aéroport que la Métropole pourra enfin reprendre la main sur son développement. Elle a balayé ses chances et espérons que ce n’est pas pour trop longtemps.

Aéroport Lyon St Exupéry